Touchez pas à ma forêt!

Les spéculations autour de la destruction d’une partie de la forêt classée de Kua à Bobo-Dioulasso, pour la construction d’un centre hospitalier, devient finalement des plus désobligeantes. Si bien qu’il est finalement impératif de dire tout de suite ce que les uns et les autres refusent de dire: l’irresponsabilité de nos autorités politiques et la trahison des autorités coutumières envers nos ressources naturelles et nos divinités. Toucher à la forêt classée de Kua, c’est non seulement un crime écologique, mais aussi un non respect des interdits à ce lieu de culte.

Disons-le tout de suite, il n’y a pas d’équivoque en ce qui concerne la nécessité de réaliser des infrastructures sanitaires pour le bien-être de nos populations. D’ailleurs, le manque de centres de santé dans nos cités est un véritable problème que nos autorités doivent forcément résoudre. Le droit à la santé est un droit reconnu par tous les Etats du monde, et le Burkina Faso ne saurait s’y dérober.

Vouloir donc renforcer l’offre de santé aux populations de Bobo-Dioulasso est vraiment noble. Sauf qu’il n’y a pas qu’un seul lieu où l’on pourrait construire un hôpital dans cette ville; il y en a plein. De ce fait, il ne faudrait pas créer un très grand mal en voulant résoudre un autre. Dans l’arrondissement n°4, il y a assez de places où l’on pourrait construire un hôpital. Au lieu de s’en prendre à une forêt qui a été classée, du reste, pour des causes bien prestigieuses.

L’administration est une continuité, dit-on. Le mérite de nos anciennes autorités a été de reconnaitre que la nature est en danger (déforestation, réchauffement climatique, disparition de certaines espèces végétales et animales). Mais on a du mal à comprendre ces autorités actuelles qui font les choses à contresens.

Au lieu de penser à la conservation, à la restauration et à la protection des ressources naturelles, à leur valorisation, ces autorités semblent trop se tromper.

La forêt classée de Kua est une merveille écologique dont nombre de localités seraient jalouses. C’est un cadre dont la bonne gestion serait vraiment un charme pour le tourisme naturelle et dont serait fière notre commune et partant tout le pays.
Ce qu’il faut souligner, c’est que la forêt classée de Kua regorge aussi une faune aquatique très importante. Mieux, c’est un lieu qui compte aussi un important nombre de sites sacrés.

C’est en un mot, un lieu hautement sacré et qui est en lien direct avec l’existence-même des communautés villageoises tout autour. Attention!

Nous venons d’apprendre que les autorités veulent poursuivre leur projet dans la partie déjà désignée et, comme pour mépriser davantage nos cultes, créer une nouvelle forêt ailleurs. Mais quelle aberration!

Puisqu’il y a une place ailleurs qu’on pourrait utiliser pour planter des arbres en réparation du tort que l’on veut faire à la forêt de Kua, pourquoi ne pas directement aller construire le nouvel hôpital là-bas? Combien d’années une zone nouvellement boisée peut prendre avant de devenir réellement une forêt? Allez là-bas, au lieu de recommencer ce qui est déjà un acquis!

Ce qu’il faut aussi déplorer, c’est le mutisme de nos responsables du culte face à la destruction de leur site sacré. C’est un non respect des interdits en ces lieux. Par ailleurs, nous savons tous les conséquences d’un tel projet à cet endroit.

Ce sera inéluctablement le début d’un nouveau centre urbain où des boutiques et autres activités commerciales pousseront vite autour du nouvel hôpital. Et ce sera donc le début de la disparition totale de la forêt de Kua.

Wourodini Sanou

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