Projet de loi de finance rectificative : Le Burkina Faso n’a pas « d’ambition à la hauteur de son potentiel fiscal », Hermann Doanio

En prélude à la session parlementaire consacrée à l’adoption de la loi de finance rectificative 2021, un Consortium d’Organisation  de la société civile, constitué du SPONG, du CERA FP et ORCADE, a tenu ce vendredi 07 mai 2021 à Ouagadougou une conférence publique  afin de faire un diagnostic de cette Loi de finance rectificative et faire des propositions d’amélioration aux élus nationaux. Selon le Secrétaire exécutif du CERA FP, Hermann Doanio, pour financer son développement et réussir à accroître les parts du budget dédié à l’investissement, le Burkina Faso doit avoir entre autres l’audace d’exploiter comme il se doit, son potentiel fiscal.

C’est dans le cadre du Projet Renforcement du contrôle citoyen des politiques publiques par les OSC pour une gouvernance favorable aux populations du Burkina Faso que le SPONG, le CERA FP et l’ORCADE avec le soutien technique et financier de l’Union Européenne à travers OXFAM, organisent depuis 2018, des cadres d’analyse citoyenne sur les différents projets de loi.

Une vue des participants à la conférence publique

A travers ce projet, le Consortium entend susciter un débat citoyen autour du budget de l’Etat, assurer la veille citoyenne sur le budget et faire des propositions pour une meilleure prise en compte des priorités des populations par le budget de l’Etat.

C’est donc conformément à ses objectifs que le Consortium a tenu une conférence publique sur la loi de finance rectificative 2021, qui est déjà en étude à l’Assemblée nationale. Une brève présentation du contenu de cette loi a été faite par Hermann Doanio avant des échanges avec les participants qui ont fait des propositions d’amélioration.

                                   Une loi de finance légèrement revue

Le projet de loi de finance rectificative en étude à l’Assemblée nationale n’a pas connu une modification substantielle comparativement à la loi de finance initiale (LFI).

 C’est ce qu’a d’emblée fait noter Hermann Doanio. En termes de recette, le budget est établi à 2.128,98 milliards de franc cfa et à 2.669,78 milliards de franc cfa en termes de dépenses. Il se dégage ainsi un besoin de financement de 540,80 milliards de francs cfa.

Comparativement à la Loi de finance initiale, on note une hausse des recettes de l’Etat, il passe ainsi de 2.110,98 milliards de franc cfa à 2.128,98 milliards de franc cfa soit une hausse de 18, 009 milliards de francs cfa. Cependant, le besoin de financement reste inchangé dans la loi de finance rectificative.

Dans ce projet de loi de finance rectificative, il ressort que ce sont 67% du budget qui sera affecté aux dépenses courantes et 33% aux investissements. Le consortium déplore cette réalité car l’Etat peine à dégager suffisamment de ressources pour investir dans son développement. Il suggère donc que des niches puissent être explorées pour renflouer efficacement les caisses de l’Etat. Il estime que le potentiel fiscal du Burkina Faso n’est pas assez bien exploité.

Les différents secteurs prioritaires que sont la santé, l’éducation, le secteur rural, la sécurité, la défense et la protection sociale ne connaissent pas un changement fondamental dans l’exécution de leur budget.

Le Consortium fait observer que le secteur de la santé et le secteur rural ont tous des budgets bien en-deçà des conventions librement signé par le Burkina Faso. Il plaide donc pour un respect de ces conventions qui allouent respectivement 15% et 10% du budget national aux secteurs de la santé et rural. Pour ce qui est de l’éducation, il se réjouit que plus de 20% du budget soit alloué à ce secteur, mais il reste que les impacts positifs du respect de la Convention tardent à se faire sentir sur l’éducation au Burkina Faso.

Hermann Doanio, Secrétaire exécutif du CERA-FP

La sécurité et la défense ont un important budget pour faire face au défi imposé au pays, mais elles montrent une certaine incapacité à consommer leurs budgets. Des participants ont souhaité que les ressources puissent être réorientées dans d’autres secteurs qui pourraient permettre de mettre en branle les solutions non militaires à la crise sécuritaire que traverse le pays.      

Les échanges avec les participants ont permis au Consortium de prendre en compte des suggestions qui devraient leur permettre d’améliorer le contenu de leur Analyse citoyenne. Le document sera par la suite introduit à l’Assemblée nationale afin que les élus nationaux puissent être davantage éclairés lors du vote de ce projet de loi de finance rectificative.

Et c’est ce mardi 11 mai 2021 que devrait se tenir la session parlementaire pour l’adoption du projet de loi de finance rectificative 2021.

C. Traoré/Ouaga

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