Plaine rizicole de la vallée du kou : Plus de 720 millions engloutis par le sable par an

Les producteurs de riz de Bama sont confrontés à d’énormes difficultés liées au manque d’eau

La vallée du Kou fait partie des tout- premiers périmètres aménagés du Burkina Faso. Cette plaine rizicole située dans la commune de Bama, région des Hauts-Bassins, est aujourd’hui menacée de disparition en raison de l’ensablement de sa principale source en eau qui est la rivière Kou.

La vallée du Kou a été depuis le milieu des années 1970, le lieu d’un développement rapide de l’irrigation. Reconnue comme une excellente plaine à vocation agricole notamment pour la riziculture en raison de ses importantes potentialités hydrauliques, le périmètre irrigué de la vallée du Kou revêt une importance majeure dans les économies des communautés rurales et urbaines situées à proximité.

En effet, l’aménagement hydro-agricole de la vallée du kou avait comme objectifs, l’augmentation de la production nationale du riz et l’amélioration des revenus et des conditions d’existence des populations impliquées dans l’opération.

Abdoulaye Ouédraogo, vice-président de l’union nationale des producteurs de riz du Burkina (Unprb)

D’une superficie totale de 1 260 ha, le périmètre a été aménagé dans les années 1969 à 1970 dans le cadre de l’autosuffisance alimentaire.

En saison sèche comme en saison de pluie, elle est exploitée et près de 15 000 tonnes de riz étaient jadis, récoltées par an. « La vallée du Kou était au début, un demi paradis pour nous. Dans ce pays, il ya des localités où, pour avoir l’eau pour boire, c’est tout un problème. Ici, nous avions de l’eau en abondance. Nous travaillions deux saisons par an. C’est déjà une richesse. Et cette richesse était partagée avec toutes les autres localités du Burkina. D’abord, nous produisions pour notre propre consommation. Le surplus, nous le vendons pour survenir à nos besoins en argent » a fait savoir Abdoulaye Ouédraogo, producteur de riz à la vallée du kou, par ailleurs vice-président de l’union nationale des producteurs de riz du Burkina (UNPRB).

  Manque d’eau, une campagne par an au lieu de 2, un manque à gagner de plus de 720 millions fcfa par an

Sanou Zoumana, président de l’union des coopératives agricoles de Bama

Autrement considéré comme un « paradis », ce périmètre est aujourd’hui peu performant à cause de la réduction progressive des surfaces emblavées au fil des années et de la faible productivité.

Les causes principales de cette contre performance sont des pénuries en eau, dues à une intensification des utilisateurs en amont du périmètre, l’ensablement de la rivière Kou et la mauvaise gestion de l’eau sur le périmètre.

De 15 000 tonnes par an, les 1300 âmes qui exploitent la plaine peinent aujourd’hui à récolter 10 000 tonnes de riz l’an. « En saison sèche, nous n’arrivons plus à exploiter la moitié de la vallée par manque d’eau. Un manque d’eau qui se justifie par l’ensablement de la principale source d’approvisionnement de la vallée en eau, du fait des intenses activités autour de la cour d’eau. Il ya aussi la dégradation du réseau hydraulique qui alimente la vallée. Sur les 1200 ha aménagé, seulement 400 ha sont exploitées en saison sèche » a indiqué Abdoulaye Ouédraogo.

Toute chose qui constitue un énorme manque à gagner selon Sanou Zoumana, président de l’union des coopératives agricoles de Bama, Faso Djigui. « Ici, les gens vivaient essentiellement de la riziculture qui se faisait en deux campagnes dans l’année. Par manque d’eau, on arrive même plus à produire en campagne sèche. Quand on produisait 2 fois dans l’année, le producteur était comme un salarié. Quelqu’un qui fait 6 tonnes à l’hectare 2 fois, ça fait 12 tonnes dans l’année. Au prix de 150 000 la tonne, vous voyez que la personne peut s’en sortir. Il y en a même qui pouvaient aller jusqu’à 8 tonnes, donc 16 tonnes dans l’année. Avec l’ensablement de la rivière, seulement 400 ha sont exploités en saison sèche sur les 1200 ha aménagées et ce, par manque d’eau. Les pertes sont énormes pour les producteurs que nous sommes se chiffrent en moyenne à 720 millions fcfa par an » a-t-il déploré.

                                                           L’impact sur les autres activités

Si rien n’est fait, la transformation du riz va baisser au centre d’étuvage de riz de Bama……

Autour de cette production rizicole d’abord à vocation alimentaire, se sont créées des activités économiques, comme le commerce de riz, d’intrants et bien d’autres. La principale activité dans la ville de Bama, c’est la transformation notamment l’étuvage du riz qui emplois, pour ce qui concerne l’union des étuveuses de riz de Bama, au moins 700 femmes.

Créée en 2009, cette union avait d’abord pour objectif de contribuer à l’écoulement du riz produit dans la plaine qui rencontrait à l’époque, des difficultés en la matière. Mais aujourd’hui, celle-ci dispose d’un centre où défilent par jour, des camions pour l’enlèvement des commandes des clients comme le MENA pour les cantines scolaires, la SONAGESS, les commerçants grossistes et autres.

….selon Ouédraogo Kalizèta

Avec la situation de la vallée, le centre d’étuvage fait face aussi à un problème de disponibilité de matières premières selon ses responsables. « Notre capacité de transformation est de 5 000 tonnes de riz par an. Avec la situation de la vallée, nous avons des difficultés à faire bouillir nos marmites. Pour honorer nos engagement vis-à-vis de nos clients, nous sommes obligé de nous tourner vers le riz des bas-fonds aménagés hors plaine sinon nous ne pouvons pas satisfaire les commandes» a indiqué Ouédraogo Kalizèta, trésorière de l’union des étuveuses de riz de Bama qui du reste, a rappelé que le chiffre d’affaire annuel du centre qui avoisine les 300 millions de francs CFA, risque de connaître une baisse si, dit-elle, rien n’est pas fait pour sauver la vallée.

Comme les producteurs, ces acteurs qui tirent indirectement des revenus de la production rizicole à Bama, craignent eux-aussi, pour la survie de leurs activités. Toute chose qui selon eux, pourrait engendrer des pertes d’emplois.

Déjà, la situation actuelle de la vallée occasionne la fuite des jeunes vers d’autres horizons à en croire les responsables de la coopérative. « Avec le manque de la deuxième saison, les jeunes sont obligés de migrer vers d’autres horizons notamment le Mali voisin. Sinon qu’au moment où le riz était produit deux saisons dans l’année, nous ne connaissions pas le phénomène de l’exode à Bama  parce que chacun y trouvait son compte» a déploré Sanou Zoumana, président de l’union des coopératives agricoles de Bama.

                                                                               « Il faut curer le Kou …»

Du fait de l’ensablement de la rivière, l’eau ne coule pas dans les canaux en saison sèche

Les producteurs, conscients que le salut de la plaine ne viendra que de leurs propres efforts, ne manquent pas d’initiatives pour disent-ils, pour sauver la principale source d’approvisionnement de la vallée en eau. Des séances de sensibilisation sur la préservation du kou, des cotisations pour le désensablement, ils ne manquent pas d’initiatives.

Cependant, estime-t-il, le problème d’ensablement du Kou dépasse le simple cadre des producteurs. « On a comme l’impression que le gouvernement veut tourner le dos à la vallée du Kou. Sinon, comment comprendre qu’on continue de créer des barrages à plusieurs milliards alors qu’on a juste besoin d’un peu pour curer le cours d’eau qui alimente la vallée. Ce n’est vraiment pas juste » s’est révolté Sanou Zoumana pour qui, il faut des actions fortes de la part du gouvernement : « Il faut curer la rivière Kou qui est la principale source d’approvisionnement en eau de la plaine rizicole de la vallée ».

 

 

Madi

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