Mesures de riposte contre le coronavirus à Bobo : la guinguette se vide de son monde

Avec la présence du Coronavirus au Burkina Faso, le gouvernement a adopté des mesures de riposte au nombre desquelles l’on peut citer l’interdiction de rassemblement d’un important nombre de personnes. Ainsi, les manifestations publiques se sont vues suspendues et les salles de classes fermées et ce, jusqu’au début du mois d’avril. Les lieux de détente et de visite n’ayant pas fait l’objet d’une mesure spécifique, une équipe de Ouest-Info est allée à la guinguette, un lieu de détente à Nasso, pour constater l’effet des mesures de restriction qui visent à limiter la propagation du virus. C’était dans la soirée du jeudi 19 mars 2020.

Il est 14h50mn quand nous arrivions à la guinguette le jeudi 19 mars 2020. De loin, le constat est inhabituel pour un usager fréquent des lieux surtout en cette période de début de chaleur où ce site de détente refuse du monde les après-midi.

Déjà à partir du parking situé à une centaine de mètres du lieu de la baignade, on peut déjà se rendre compte que les lieux sont quasiment déserts car le parking ne contenait qu’une dizaine de motos et aucune voiture contrairement aux jours précédents.

« Depuis l’annonce de la maladie suivie des mesures prises par le gouvernement pour contrer la maladie, il n’y a plus d’affluence par ici. En plus des mesures, les gens ont peur. Sinon avant la maladie, on était au moins 15 personnes à assurer le service rien que pour le parking mais aujourd’hui, on est que deux. Et cela depuis maintenant une semaine environ car les gens ne viennent plus. Avant, on encaissait au moins 40 000 FCFA par jour mais maintenant, on peine même à avoir 15 000 FCFA par jour ». C’est ce que nous a laissé entendre cet étudiant gérant de parking sur le site de la guinguette de Nasso dès que nous l’avons interrogé à notre arrivée.

Un peu plus loin, ce sont les gérants du site eux-mêmes qui décrivent la situation. « Depuis début mars, on pouvait vendre par jour des centaines de ticket d’accès à la guinguette. Mais avec l’annonce de la maladie, les gens viennent à compte-goutte. Voyez-vous qu’aujourd’hui tout est désert autour de nous alors qu’il y avait des vendeuses de nourriture, de brochettes et même parfois des débits de boisson circonstanciels qui se trouvaient ici. Au vu de cela, nous pouvons dire que les gens tentent de respecter les mesures du gouvernement, ce qui n’est pas mal, vu que c’est pour lutter contre une maladie. Ça impacte notre activité mais comme c’est temporaire, on va faire avec, en espérant que les choses rentrent dans l’ordre d’ici peu » a expliqué le responsable de la vente des tickets d’accès au site qui n’a pas souhaité décliner son identité.

Sur le site, Salimata Ouattara, vendeuse de Bandji est la première personne que nous avons croisée. A la question de savoir si les choses se passent bien comme d’habitude, elle répond par la négative. « Depuis le matin je n’ai vendu que 200f de bandji. Après le 08 mars, il n’y a plus d’affluence par ici. Alors que c’est ici qu’on vendait bien notre sève de rônier. Je pouvais vendre 20 litre de bandji par jour mais depuis plus d’une semaine maintenant, il est même difficile de vendre 5 litres parce que ce n’est plus l’affluence qu’on connaissait », nous a-t-elle confié.

Pour Mamadou Dabré qui est allé sur le site pour une journée de détente, la situation n’est pas encore aussi alarmante pour que la vie s’arrête. « On est venu ici, pour juste une journée de détente et de visite car depuis 2011, je ne suis plus revenu sur ce site. Pour ce qui concerne les mesures liées au virus, je pense que c’est une maladie dangereuse mais la situation n’est pas encore alarmante. Selon les informations, je pense qu’il n’y a qu’un seul cas à Bobo. Et en venant ici, on s’est protégé comme les mesures le recommandent. On a des masques de protection et je pense que cela minimise le risque » en est-il sûr.

Doria Traoré, élève en classe de 1ère que nous avons trouvé sur le site pense que les mesures du gouvernement sont à saluer et chacun doit essayer de vivre avec. Elle justifie sa présence par le fait que ce sont les congés et que c’est une période propice pour la distraction mais elle dit être prudente avec ses camarades.

Pour cette mère de famille anonyme accompagnée de son époux et de ses enfants, leur présence s’explique par le fait que ce sont les congés et que les enfants se morfondent à la maison. « Ce sont les congés et les enfants ne veulent pas rester à la maison. C’est pourquoi, nous les avons amenés ici pour qu’ils puissent se distraire car en ville même, on est beaucoup plus exposé qu’ici car on est en contact avec beaucoup plus de gens en ville qu’ici. Néanmoins, en venant ici, on a pris nos précautions » s’est-elle convaincue.

Notons que pour les uns comme pour les autres, le souhait est de voir le tristement célèbre virus s’éloigner du Burkina Faso sans plus faire de victime. Quant aux acteurs économiques du site à savoir les gérants, parqueurs et vendeuses, c’est la peur qui règne car craignent-ils qu’une éventuelle propagation de la maladie n’entraîne une fermeture des lieux de détente comme la guinguette.

Abdoulaye Tiénon et Abdoul Karim Etienne Sanou

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