Mariage forcé : Élève de terminale à Bobo, c’est le jour de son mariage à 23h qu’il dévisage sa femme

Élève en classe de Terminale, Salif devra désormais allier études et vie de couple. Alors qu’il s’attèle aux préparatifs du Baccalauréat, session 2020, Salif, le jeune garçon âgé de 21 ans a été contraint au mariage par ses parents notamment son père pour qui, à son âge, tout garçon doit avoir une femme.

Le père de Salif est assez attaché à sa religion. Pour ce dernier, tout père (bon croyant) à l’obligation de trouver une bonne épouse à son fils au risque d’endosser les pêchés de ce dernier si toutefois il fornique.

Salif qui a quitté son village situé à quelques encablures de Bobo-Dioulasso pour ses études, pensait avoir échappé à cette philosophie de son père jusqu’au jour où il lui demande de rentrer urgemment au village. Pris de peur, le jeune Salif s’est empressé de s’y rendre pour répondre à l’appel de son géniteur.

Et c’est là que l’information lui sera donnée. « Quand je suis arrivé, mon père était hors de la concession familiale. J’ai demandé à mon oncle qui est son frère cadet de lui dire que j’étais là parce que je ne pouvais pas attendre car j’étais inquiet. Après les salutations d’usage à son arrivée, il m’a juste dit qu’il n’y avait rien de mal mais qu’il allait me parler dans la soirée. C’est après le dîner qu’il a demandé à me parler seul à seul. C’est alors qu’il m’a annoncé qu’il avait trouvé une bonne femme pour moi et que le jour du mariage était fixé au jeudi 04 juin alors que nous étions au 7 mai. Mon avis ne comptait pas. C’était juste une information. Je n’y pouvais rien car c’est ainsi chez nous. Sauf que je pensais qu’avec les études, j’allais échapper à la règle » nous a-t-il expliqué en larmes.

Comment concilier études et vie de couple? Demanda-t-il à son père. « Je ne vais pas me permettre de te laisser faire du n’importe quoi surtout que tu es maintenant en ville. Dans les familles normales, les jeunes de ton âge ont des femmes. D’ailleurs, avec ton niveau d’étude, tu peux bien gagner ta vie et t’occuper de ta femme. Mais si tu persistes à continuer tes études, tu peux la laisser ici. De toutes les façons, c’est une fille de bonne famille. Elle n’ira nulle part. Pendant les vacances et les congés, tu viendras la trouver » lui a répondu son père qui n’était pas du tout disposé à discuter avec son fils à ce sujet. « Sa décision était prise et pour rien au monde il ne pouvait revenir sur ça parce que selon lui, ça y va de sa dignité », nous relate Salif.

Le jeudi 04 juin dernier, le mariage de Salif fut célébré en grande pompe comme prévu. Et le samedi aux environs de 17h, le jeune marié a encore regagné la ville de Bobo-Dioulasso où il devra mettre de côté son nouveau statut pour reprendre ses cahiers. Et la lune de miel ? « C’est quoi ça ? On parle de lune de miel lorsque c’est un mariage voulu par les conjoints. Dans mon cas, c’était le jour du mariage, après que tout le monde ait libéré la cour autour de 23h, que j’ai vu pour la première fois, le visage de celle avec qui j’allais partager ma vie » regrette-t-il.

Epoux ou pas, Salif dit être déterminé à décrocher son BAC cette année et pense même s’inscrire à l’université pour des études supérieures. « J’ai un objectif à atteindre. Du moment où la femme reste avec mon père, cela ne m’empêche pas de continuer » s’est-il résigné.

JK

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