Maraîchage dans la Kossi: Le gagne-pain de personnes déplacées internes

La région de la Boucle du Mouhoun est connue pour ses immenses potentialités agricoles notamment l’activité maraîchère qui y est développée. Elle occupe une grande partie de la population de la province de la Kossi surtout en saison sèche. Activité secondaire de ces populations de manière générale, le maraîchage constitue aujourd’hui le gagne-pain de personnes déplacées internes et ce, malgré les difficultés auxquelles le secteur est confronté. Ainsi, une équipe de Ouest Info a fait un tour sur un des sites de production maraîchère de la province pour toucher du doigt les réalités de ces producteurs qui, dans l’anonymat, font œuvre utile pour les populations. Le site qui nous a accueilli est le « Jardin de Baguirasso, Badenya-Italie », où une personne déplacée interne et père de 17 enfants tire sa pitance quotidienne  à l’image de dizaines d’autres personnes se trouvant dans la même situation de personnes déplacées internes.

Baguirasso, village situé à 7 Km de Nouna. Dans ce village se trouve un site de production maraîchère appelé « Jardin de Baguirasso, Badenya-Italie ». Et en ces lieux se trouvent des producteurs venus de plusieurs localités de la région. Parmi eux, Hamidou Tolokoudjé, personne déplacée interne et père de 17 enfants.

La vue d’une parcelle d’exploitation

Avec un vieux bidon de 20 litres, il doit s’en servir pour assurer la pitance quotidienne de ses 17 enfants et leurs mères. Et c’est avec cet outil archaïque de bidon que, de manière routinière, le vieux Tolokoudjé arrose ses 150 m² de superficie d’exploitation maraîchère.

La tâche est difficile, certes mais il n’y a aucune alternative pour ce père de famille qui a fui sa localité d’origine à cause de l’insécurité.  « Je pratique cette activité depuis mon arrivée dans cette localité il y a maintenant quelques années. Avec ma famille, j’ai fui l’insécurité pour me retrouver ici où je dois nourrir mes femmes et mes enfants. Que faire? Et en désespoir de cause, c’est le maraîchage qui s’est offert à moi comme première opportunité. Et je n’ai pas hésité à l’embrasser. C’est ainsi que je pratique tant bien que mal cette activité pour subvenir aux besoins de ma famille. Vous savez qu’être père d’une famille aussi large et ne pas être chez soi par la force des choses ne peut que créer des situations indésirables comme celles que nous vivons. Mais quoiqu’on dise, j’arrive à nourrir ma famille grâce à ce que je fais. Cependant, il faut reconnaître que c’est dur de la manière dont nous, nous pratiquons l’activité. Si on pouvait bénéficier d’un accompagnement, ça allait nous permettre d’améliorer ce que nous faisons et on allait pouvoir se sentir comme chez nous » a détaillé Hamidou Tolokoudjé qui, du reste n’a pas manqué de saluer l’hospitalité des habitants de la localité.

Tout comme ce dernier, elles sont nombreuses, ces personnes déplacées internes qui vivent pleinement des activités de ce site maraîcher.

Des difficultés, il y en a….

D’ordinaire, les occupants du site sont constitués en groupement familial, en association communautaire ou individuellement. Et ces producteurs dans leur ensemble, font face à des difficultés de plusieurs ordres. De ces obstacles, on peut retenir principalement l’indisponibilité des moyens de productions et les difficultés d’écoulement des produits.

En effet, sur les 5 hectares que couvrent le jardin, l’oignon, le chou et la tomate constituent les principales productions. Des denrées facilement périssables car la conservation est délicate. Ainsi après un parcours du combattant pour la phase production, l’écoulement est aussi la croix et la bannière pour ces braves producteurs.

Représentant de l’association « Badenya-Italie » en charge de la gestion du périmètre, Juste Dakuo, y produit de l’oignon depuis 2017 et son exploitation sert de champ école. A cet effet, il encadre au moment où nous y passions, 17 personnes à la technique de production maraîchère. Étant acteur direct, il explique la galère des producteurs sur le site.

Ce puits à grand diamètre sert de source d’eau pour arroser les plants

« De tout ce que nous faisons sur ce site, rien n’est facile. Les difficultés sont telles qu’on ne peut même pas les exposer parce qu’on ne sait même pas par où commencer. On essaie juste de se sacrifier pour mieux faire. Nous sommes en collaboration avec l’action sociale qui nous accompagne. On peut dire que ce soutien est de nature à nous donner le moral pour pouvoir continuer sinon c’est compliqué. On se souvient aussi que le Haut Commissaire de la province de la Kossi est une fois, passé avec une délégation du ministère de l’agriculture pour nous encourager. Nous avons profité de l’occasion pour leur exposer nos difficultés. Et cela nous a moralement  satisfait » a-t-il expliqué avant de souligner que chaque année, il y a un plaidoyer qui est fait auprès des autorités compétences sur les difficultés des producteurs maraîchers avec un accent particulier sur le problème d’écoulement des produits d’exploitation maraîchère.

Notons qu’avec la dizaine de personnes déplacées internes qui  s’adonnent au maraîchage sur le site du Jardin Baguirasso, Badenya-Italie, pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, il convient de porter un regard particulier sur l’activité dans les zones qui enregistre un important nombre de personnes déplacées internes.

En attendant cela, l’on peut dire justement que le maraîchage est l’activité qui soulage pour le moment, des personnes déplacées internes de la province de la Kossi.

De ce fait, les autorités en charge de la question sont interpelées sur les difficultés de ces sites d’exploitation maraîchère de la province de la Kossi.

Car, nombreux sont les sites qui sont dans la même situation que le « Jardin de Baguirasso, Badenya-Italie » qui emploient des déplacés internes mais confrontés à des difficultés qui peuvent être progressivement levées avec la volonté des décideurs.

Adama Dama/Nouna (Ouest-info.net)

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