Lymanya Fakié Traoré: “Un homme sans culture et sans identité culturelle est un homme perdu à jamais…”

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Responsable Dozo, féticheur et tradi-praticien, Lymanya Fakié Traoré, géniteur de l’artiste Rama N’Goni, est un fervent défenseur de la tradition. Dans cette interview réalisée à Banfora le 1er août 2021, « l’enfant terrible de Pélegnan dans le département de Kankalaba » comme on l’appelle, revient sur la place de la culture dans la vie de tout être. Lisez plutôt !

Ouest Info : Dites-nous pourquoi, malgré l’évolution des temps, vous êtes restés attacher à la tradition et aux valeurs ancestrales ?

Lymanya Fakié Traoré : Vous savez,  un homme sans culture et sans identité culturelle est un homme perdu à jamais. Je pense que cela doit être une fierté pour tous les africains d’avoir des promoteurs culturels dans tous nos secteurs traditionnels. Beaucoup de gens peuvent le constater ; je suis un homme très rattaché à cette culture parce que l’être humain ne doit pas négliger sa source.  Il doit savoir d’où il vient. Quand on ne sait pas d’où on vient, il serait difficile de savoir où on veut aller. La source de l’être humain représente son existence sur terre. Même pour nous conduire à l’au-delà, il y a des rites funéraires et autres. Cela montre réellement que la culture est immortelle.

Ouest Info : La culture est immortelle. Mais on constate cependant que le modernisme est en train de gagner du terrain au détriment de nos valeurs culturelles. Pourquoi cela donc ?

Lymanya Fakié Traoré : C’est vrai que de nos jours,  la jeunesse est plus attirée par le modernisme.  Mais laissez-moi vous dire que cela ne peut en aucun cas, changer leur appartenance à leur culture ou tradition. Nul ne peut donner dos à sa tradition car elle nous suit pour toujours.

Ouest Info : Mais il semble pourtant que vous avez tourné le dos à votre village. Est-ce vraiment le cas ?

Lymanya Fakié Traoré : Rire. Non, ce n’est pas une réalité. Je compte même aller m’installer au village. J’ai déjà commencé à labourer mon champ au village cette année avec l’appui de toute la communauté villageoise. Je pense déjà que je suis la bienvenue chez moi. Parce qu’on ne peut pas être bon ailleurs et être nul chez soi. J’ai toujours été présent au village pour tout ce qui se passe là-bas comme cérémonie. On ne peut pas prétendre défendre la culture et la tradition et ne pas soi-même, donner l’exemple.

Ouest Info : Qu’en est-il de vos enfants ? Suivent-ils vos pas ?

Lymanya Fakié Traoré : Oui bien-sûr.  Il y a mes enfants qui sont avec moi. Même si je ne suis plus de ce monde,  ils pourront valablement me représenter et continuer mon œuvre.  Ce que je fais aujourd’hui m’a été légué par mon défunt père. Il lui est revenu de perpétuer ce que lui-aussi, son père l’avait légué. Voilà aujourd’hui, mon papa n’est plus mais je le représente dans beaucoup de secteurs d’activités surtout dans la pharmacopée traditionnelle et le dozoya.

C’est dans cette dynamique que j’ai initié Rama (ndlr : l’artiste chanteuse  Rama N’Goni) étant la première fille à pouvoir jouer l’instrument des chasseurs qui était destiné seulement selon les gens aux hommes.

Et aujourd’hui elle maîtrise, tout le monde en parle bien. Et franchement je souhaiterai que ma famille reste toujours dans cette branche pour  qu’ils soient des futures stars traditionnelles, des garants de la tradition sénoufo.

Ouest Info : Un message à l’endroit de la jeunesse ?

Lymanya Fakié Traoré : Juste un appel à la jeunesse de se ressaisir pendant qu’il est encore temps pour ne pas s’égarer.

Wossan Traoré/Banfora

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