Les évêques du Burkina aux candidats en lice : « la conquête du pouvoir ne saurait fouler aux pieds les droits des citoyens »

Fils et Filles de l’Eglise Famille de Dieu au Burkina Faso, et vous tous, frères et sœurs en humanité, hommes et femmes de bonne volonté, 

  1. Que Dieu dans son immense amour vous donne la paix en abondance, Lui qui est le Créateur du monde et la Source de tout bien, Lui qui inspire à ses enfants ce qui est vrai, ce qui est beau et ce qui est bien! Son amour pour nous s’étend d’âge en âge (cf. Lc 1, 50) et notre confiance est dans son Nom très saint (cf. Ps 32, 21).
  1. Dans les tout prochains jours, nous serons invités à accomplir notre devoir citoyen en donnant notre suffrage pour le choix de nos dirigeants, le Président du Faso et les Députés à l’Assemblée Nationale. Le vote constitue, comme le dit bien le pape Jean XXIII, « un des piliers de toutes les institutions démocratiques, ainsi qu’une des meilleures garanties de durée de la démocratie »1Nous sommes alors appelés et instamment invités à y participer pour poursuivre l’édification de notre Nation.
  1. Cernés de toutes parts par l’hydre du terrorisme, nous n’arrêtons pas de compter nos morts et de voir affluer par centaines et par milliers, certains de nos compatriotes, particulièrement des régions du Sahel, du Nord, du Centre-Nord, de l’Est, du Centre-Est, de la Boucle du Mouhoun et des Cascades, chassés, persécutés, dépossédés de leurs biens et obligés d’être des réfugiés dans leur propre patrie ; les chiffres relatifs à cette crise sont très parlants malgré leurs divergences. Nous ne pouvons manquer de traduire notre profond respect pour tous ceux qui, en première ligne, se battent jour et nuit pour garantir la sécurité de leurs frères et sœurs, en l’occurrence les Forces de Défense et de Sécurité et toutes les personnes de bonne volonté qui leur prêtent main forte. Nous saluons la mémoire de ceux et celles qui ont sacrifié leur vie dans la lutte contre ce fléau et présentons encore nos condoléances à leurs familles éplorées.
  1. C’est dans ce contexte d’insécurité aggravée par la pandémie de la Covid-19 qui a mobilisé et mobilise encore le personnel de la santé à qui nous rendons hommage pour la vaillance, le patriotisme et l’humanisme, que la voix des Évêques du Burkina Faso se veut être celle de la confiance et de l’espérance à l’orée des élections.
  1. Il est important que nous nous rappelions, dans ce contexte particulier que nous vivons, les situations combien difficiles que nous avons traversées ensemble avec courage et résilience, sous la protection du Dieu créateur et miséricordieux. Dans le message que nous vous avions adressé à l’occasion des élections d’octobre 2015, nous avions insisté sur le fait que « le souvenir de ceux qui ont perdu la vie, la santé ou des biens lors de cette insurrection doit nous interpeller et désormais stimuler nos engagements en les orientant vers le don de soi jusqu’au sacrifice pour le bien de tous ».2 Depuis lors, notre pays a fait du chemin et chaque citoyen a, d’une manière ou d’une autre, donné le mieux qu’il a pu pour œuvrer à préserver notre pays de toute dérive. Cela est un témoignage de notre respect pour la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour que le Burkina Faso connaisse une démocratie authentique qui constitue l’une des routes principales sur laquelle toute autorité devrait cheminer avec le peuple et pour le peuple.
  1. Fils et Filles de l’Eglise Famille de Dieu au Burkina Faso, et vous tous, frères et sœurs en humanité, hommes et femmes de bonne volonté, la situation dans laquelle se trouve notre pays nous amène à prendre conscience que les droits que nous considérons souvent comme les plus évidents ne sont pas définitivement garantis. Il nous faut chaque jour travailler à les préserver et à les consolider, en évitant que les forces obscures qui œuvrent à nous priver de leur jouissance et à faire basculer notre pays dans d’autres situations inextricables ne parviennent à leurs fins. Invitant alors les acteurs de la vie politique à l’application rigoureuse des textes en vigueur et à un dialogue qui prenne en compte le contexte particulier que vit notre pays, nous, Évêques du Burkina Faso, voulons rappeler ces obligations qui incombent à tous et tout particulièrement à ceux qui se lancent dans la conquête du pouvoir :
  • Protéger les personnes et leurs biens: la valeur suprême est la vie et aucun effort ne doit être ménagé lorsqu’il s’agit de la protégé. La préservation de la vie, de l’intégrité physique, psychique et morale des personnes demeure une priorité. En cette période électorale, aucune initiative ne doit contribuer à aggraver la situation sécuritaire ni à mettre en danger la vie des populations, ni celle des organisateurs de ces élections ni celle des électeurs.
  • Se mettre en tenue de service: pouvoir et autorité sont donnés en vue du service de tous. Nul ne peut ou ne doit prétendre servir la Nation en violant les droits de ceux et celles qu’il est censé servir. La conquête du pouvoir ne saurait fouler aux pieds les droits des citoyens ni porter atteinte aux valeurs essentielles qui fondent notre société à savoir le respect de la vie, le respect de la liberté de conscience et d’expression, le respect de la propriété, le respect du bien commun, le refus de la corruption, en un mot, la bonne gouvernance. C’est à la manière dont un leader politique se comporte vis-à-vis de ces valeurs que l’on peut juger de son aptitude à exercer le pouvoir d’Etat qui n’est rien d’autre qu’un service.
  • Gagner en maturité: l’histoire politique de notre pays a été marquée par des crises plus ou moins profondes et la plus récente est celle qui fut consécutive au soulèvement populaire des 30 et 31 octobre 2014. Le monde entier nous regardait alors, curieux ou soucieux de savoir sur quelle route les citoyens du Burkina Faso, que certains appelaient ou appellent encore « Pays pauvre et enclavé », engageraient leur avenir. L’esprit de dialogue et de conciliation a alors prévalu et nous avons montré aux yeux du monde qu’il est possible, malgré des moyens limités, de relever des défis qui, à première vue, peuvent paraître insurmontables. Ce gain qui est à l’actif de notre pays doit être capitalisé et nous orienter résolument et définitivement dans la consolidation d’un Etat de droit, caractérisé par la stabilité de ses Institutions et la maturité de ceux et celles qui animent la vie sociopolitique de la Nation. C’est également dans cet élan que nous en appelons aux dirigeants que les prochains suffrages permettront de désigner, afin qu’ils travaillent à ramener la paix en œuvrant pour la justice et la réconciliation.

Travailler à faire vraiment du Burkina Faso, le Pays des hommes intègres et une Nation unie : l’histoire de notre pays est celle d’un peuple qui a toujours su faire des différences culturelles, ethniques ou religieuses qui caractérisent ses citoyens, une source de richesse et un exemple de cohésion aux yeux du monde. Les divergences d’opinions politiques sont censées être également une richesse et non pas une source de division, un moyen de manipulation de l’opinion ni un moyen de subversion. Plutôt que de voir dans les moments difficiles que nous traversons, des occasions de tirer le plus grand profit pour soi-même ou pour son parti, chaque citoyen doit s’investir et mettre sa fierté à œuvrer pour le bien de tous, pour l’honneur de la patrie.

  1. Fils et Filles de l’Eglise Famille de Dieu au Burkina Faso, et vous tous, frères et sœurs en humanité, hommes et femmes de bonne volonté, engageons-nous pour garantir à notre pays une sécurité et une paix durables. Soyons des citoyens épris de solidarité, de justice, de cohésion sociale et donnons à notre peuple, par un jeu démocratique caractérisé par la transparence et l’intégrité, de dignes représentants qui présideront à sa destinée, pour le conduire vers un avenir toujours plus radieux.
  1. A tous les croyants des différentes confessions religieuses, nous lançons un appel à la prière incessante pour que Dieu accompagne ces élections. Nous invoquons sur chacun de vous et sur le Burkina Faso l’abondance des bénédictions divines.

Fait à Ouagadougou le 01 novembre 2020 en la Solennité de tous les Saints.

Les Archevêques et Evêques de la Conférence Episcopale Burkina-Niger.

  • Mgr Laurent B. DABIRE, Evêque de Dori, Président de la CEBN
  • Cardinal N. Philippe OUEDRAOGO, Archevêque de Ouagadougou
  • Mgr Paul Y. OUEDRAOGO, Archevêque de Bobo-Dioulasso
  • Mgr Gabriel SAYAOGO, Archevêque de Koupela, Vice-président de la CEBN
  • Mgr Lucas K. SANOU, Evêque de Banfora
  • Mgr Joseph SAMA, Evêque de Nouna
  • Mgr Joachim OUEDRAOGO, Evêque de Koudougou
  • Mgr Der Raphaël K. DABIRE, Evêque de Diébougou
  • Mgr Justin KIENTEGA, Evêque de Ouahigouya
  • Mgr Modeste KAMBOU, Evêque de Gaoua
  • Mgr Pierre Claver Y. MALGO, Evêque de Fada N’Gourma
  • Mgr Prosper KONTIEBO, Evêque de Tenkodogo
  • Mgr Prosper Bonaventure KY, Evêque de Dédougou
  • Mgr Théophile NARE, Evêque de Kaya
  • Mgr Léopold Médard OUEDRAOGO, Evêque auxiliaire de Ouagadougou
  • Mgr Yiki Alexandre BAZIE, Evêque Auxiliaire de Koudougou

Pour les Archevêques et Evêques

de la Conférence Episcopale Burkina-Niger

Mgr Laurent B. DABIRE

Président

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