Les Bobolais et le thé : sont-ils vraiment des “fainéants” ?

Du fait que le thé, le thé vert de Chine en l’occurrence, est à longueur de journée préparé et consommé par des jeunes de Bobo-Dioulasso, ceux-ci sont souvent l’objet d’insultes ; accusés surtout d’être des fainéants asservis à la consommation du thé et qui n’aiment pas travailler. Ajouté à cela, les buveurs de thé sont également pris pour des délinquants plutôt rompus aux actes très peu recommandables comme l’escroquerie, les vols, la consommation de drogue et autres stupéfiants. Mais les amateurs de thé sont-ils vraiment de mauvaises personnes ? Que trouve-t-on réellement dans ces regroupements d’amis communément appelés « grins » ?  Zoom sur un phénomène devenu une partie de l’identité culturelle des Bobolais  sans exception d’âge.

Les habitants de Bobo-Dioulasso sont reconnus pour leur adduction au thé vert de Chine. La ville a ainsi acquis cette réputation tant il est avéré que dans chaque ruelle, il existe au minimum un groupe de personnes assises devant une concession ou une boutique en train de consommer le thé vert de Chine. Il s’agit de groupes d’amis assidus à ces retrouvailles quotidiennes et qu’on appelle communément « grin ».

Autour du thé, les amis se retrouvent pour discuter de questions d’intérêt général

Depuis plusieurs décennies,  les grins de thé existent à Bobo- Dioulasso. Ce sont des regroupements entre amis, habitants du même quartier ou tout simplement entre membres de famille.

A Bobo, il n’existe réellement aucun moment fixe pour s’asseoir autour du fourneau. Selon l’inspiration, de façon improvisée comme aussi par usage, les membres du même grin s’invitent au lieu habituel.

Ce sont des moments de causeries et de distraction. Pour ce qui est des échanges, tout y passe : des sujets des plus informatifs aux plus éducatifs sans oublier ceux qui sont ludiques.

De la distraction, les grins de thé sont des fois également animées avec de la musique et des jeux de société (dames, cartes, Ludo). Ainsi, on rencontre aussi bien des grins dont les membres sont uniquement du même sexe, tout autant que des grins mixtes ou femmes et hommes partagent le même cercle.

Moment de partage et de cohésion sociale…

Adoptée par toute la ville, la consommation du thé vert de Chine dans les grins a un caractère culturel et historique pour les consommateurs. Ces regroupements sont surtout des occasions privilégiées de partage et d’échanges d’idées ; et en général, en matière d’information, tout le monde est sur le même diapason.

Oula Sanou, représentant du chef de Dagasso, un ancien de la ville de Bobo-Dioulasso, fréquente les grins de thé depuis son enfance. « Tous des apprentis de camion, nous avions un club appelé JFK et on se retrouvait chaque samedi soir chez moi parce que j’étais le président, avec des cotisations de 50 francs ou 100 francs par personne pour la préparation du thé », explique-t-il.

Aujourd’hui encore, la plupart des jeunes restent attachés aux vertus dans les grins. Comme c’est le cas dans le grin de Aguibou Sanou, danseur- chorégraphe habitant au secteur 21 de la ville.

Salia Oula reconnaît les bienfaits des grins de thé

Là-bas, tous les membres ont une activité économique précise. Dans ce grin on trouve des commerçants, des fonctionnaires et des chefs d’entreprise qui se retrouvent à leurs temps libres pour prendre le thé en discutant des réalités du pays, de leur business et des opportunités de réalisation de projets.

Hélas, la débauche !

Toutefois, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Pour autant, beaucoup de choses sont dites dans les grins de thé de Bobo-Dioulasso, on y trouve également des esprits malsains.

Aujourd’hui, avec le progrès du numérique, le monde est devenu un village planétaire et les mœurs de la jeunesse africaine sont fortement influencées par les perversions venant d’ailleurs. Désormais, la morale africaine se trouve dépravée auprès de la jeunesse plutôt prédisposée aux vices qu’à la probité.

Renommés pour leur penchant pour le thé, des jeunes à Bobo-Dioulasso sont finalement dans l’oisiveté. Toute chose qui chagrine le sage Oula sanou qui regrette que les habitudes des grins de thé aient changé de nos jours. « Nous nous rassemblions pour prendre le thé au grin, sans pour autant être des fainéants ou nous adonner à certaines pratiques malsaines comme ce que nous constatons malheureusement aujourd’hui. C’est le phénomène de mode qui a entrainé des changements de comportement chez les jeunes ».

Pour Aguibou Sanou, le thé n’a que des bienfaits parce qu’il coûte déjà moins cher ; cela permet de faire des économies et maintenir en forme la personne qui le consomme. Malheureusement l’immoralité est très manifeste dans certains grins et le thé n’est devenu rien d’autre qu’un prétexte pour s’égarer dans l’alcool, la drogue et la débauche sexuelle.

Dans le grin de Aguibou, on y trouve des chef d’entreprises, des fonctionnaires, des commerçants; en un mot, toutes les couches sociales

Au quartier Belle-ville, dans un grin de lycéens. C’est un groupe avec une dizaine de membres dont des filles. A côté du thé et de la musique, ceux-ci animent leur grin avec l’alcool et la chicha, une sorte de tabac (pipe orientale à long tuyau flexible sur lequel on tire à tour de rôle).

Dans ce grin, les discussions sont orientées plus vers les activités ludiques qu’éducatives. Le sexe y occupe aussi une grande place. Ces jeunes lycéens se regroupent chaque soir après les cours à partir de 18h pour former leur grin et discuter de potentiels plans et de paris sportifs, 1Xbet notamment.

Visiblement, l’appât du gain facile a fait que beaucoup de grins de thé se sont transformés en pègre pour délinquants. Ainsi, une source policière nous a confirmé qu’en effet, des jeunes s’organisent en preneurs de thé, alors qu’en réalité, ce sont des réunions pour planifier des vols dans les quartiers.

Abdoul Aziz Senou/Stagiaire Ouest Info.net

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