Léonce Sanon, ancien militant du MPP : « Je me sentais très mal à l’aise dans ce parti… »

Tout premier responsable du MPP dans la province du Houet, il est élu député en 2015 sous la bannière de l’ancien parti au pouvoir, renversé le 24 janvier dernier par un coup d’état militaire. Considéré comme un protégé de feu Salif Diallo, l’homme sera, après le décès de son « mentor »,  contesté voire  combattu. En plus d’être éjecté de la tête du parti dans la province, il sera placé 4è sur la liste des candidats du parti aux législatives de 2020 dans la province. Résultat, il ne sera pas réélu car le MPP ne remportera que deux (02) sièges sur les six (06) dans la province. A la faveur de la perte du pouvoir par le parti qui a suscité une vague de démission, il sera le chef de file dans la province. Ancien militant du MPP et désormais 6ème vice-président du PPS, Léonce Sanon, puisque c’est de lui qu’il s’agit, évoque, dans cette interview qu’il nous a accordée, les raisons de son départ du parti. Lisez plutôt !

Ouest Info : Comme nombre de militants du MPP, vous avez claqué la porte du parti. Peut-on savoir les raisons qui vous ont poussé à la démission ?

Léonce Sanon: Les raisons d’adhésion à un parti ou de démission d’un parti restent toujours personnelles. Il y en a qui peuvent être exprimées. D’autres demeureront toujours très personnelles.  Toutefois, retenez que je me sentais très mal à l’aise dans un parti où les déchirures, les mésententes, la coterie, la haine végétaient à grande échelle au sommet.

Bref, j’ai eu l’impression que nos dirigeants d’alors clignotaient à droite et se retrouvent en train tourner à gauche. En gros, la gouvernance du MPP ne donnait plus envie de militer dans ce parti.

À cela s’ajoutent d’autres frustrations qui ne peuvent pas être évoquées dans ces colonnes. J’ai aussi été très frustré de constater que la gouvernance du MPP ne faisait qu’accentuer les disparités régionales. C’est un ressenti qui n’engage que moi.

Ouest Info : Si les raisons avancées sont sincères, pourquoi n’avoir pas démissionné avant la perte du pouvoir par le parti, puisque les problèmes ne datent certainement pas d’aujourd’hui ?

Peu importe le moment. Dans la vie, chaque chose à son temps. De la même manière si vous avez l’occasion, posez la question au président Damiba pourquoi ils ont attendu le 24 janvier pour faire leur coup d’Etat. Rires. Personnellement, même s’il n’y avait pas eu coup d’Etat, moi j’allais déboîter tôt ou tard.

Ouest Info : Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous avez trahi l’ancien président du Faso?

Je voudrais vous inviter à faire la part des choses, entre quitter un parti et trahir un président. Vous êtes allés  trop loin. C’est maladroit ce que vous dites. Le président Kaboré vous a-t-il dit que moi Léonce Sanon l’ai trahi ?

Êtes-vous au courant d’un pacte que j’ai signé avec Roch pour après le trahir ? Moi je ne vois pas de trahison dans mon choix de prendre un autre chemin qui me convient.

Ceux qui ont trahi Roch se connaissent. J’attends que lui-même il me pose cette question, je lui répondrai tranquillement. J’estime qu’une autre personne est mal placée pour me parler de trahison. La vie est ainsi faite. C’est l’expression très simple de ma liberté.

Ouest Info : Ce n’est pas nous qui le disons. C’est plutôt ce que pense une certaine opinion!

Ma réponse est valable pour cette même opinion !!!

Ouest Info : Avec vos camarades démissionnaires, vous avez créé le PPS. Comment grandit ce nouveau-né des partis politiques ?

Après l’assemblée générale constitutive du PPS,  nous nous attelons à réussir l’implantation du parti sur le territoire national et à l’international. D’ores et déjà, les échos qui nous parviennent sont très encourageants. Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître !

Ce faisant, nous travaillons également à préparer le 1er congrès du PPS qui devra consacrer la mise en place des différentes instances et organes du parti. Suivra ensuite la mise en place des structures et démembrements du parti. Nous avons pris les dispositions nécessaires pour assurer une bonne croissance au nouveau-né ! Comme le dit un artiste,  « on est déjà né ». Il faut grandir. Nous y travaillons.

Ouest Info : Le Burkina Faso compte plus de 100 partis politiques. Qu’est-ce que le PPS peut proposer de nouveau aux burkinabè ?

Bonne interrogation! Une des tâches urgentes à laquelle la direction du parti s’attellera à évacuer, c’est le programme du parti. Ce référentiel pourra vous situer en temps opportun sur l’offre politique du PPS. En tout état de cause, le parti est bâti sur un certain nombre de valeurs qui doivent guider sa marche.

Il s’agit entre autres de la dignité, de l’équité de la tolérance, de la bonne gouvernance,  du développement régional et local vu autrement, du Panafricanisme, j’en passe. Naturellement, des réformes audacieuses sont envisagées. 

Pour autant, nous restons convaincus « qu’il n’y a de richesse que d’hommes ». Avec un peu de patience, vous découvrirez le programme du PPS plus tard.

Ouest Info : Vous avez, à la création du MPP, contribué à son implantation dans le Houet où vous avez d’ailleurs été le tout premier SG provincial. Aujourd’hui, vous tournerez le dos à ce parti, laissant derrière vous, ces personnes qui ont cru en vous à l’époque. Pensez-vous que ces personnes vous suivront ? Quand on sait que les engagements que vous avez pris lors des différentes campagne au nom du MPP, n’ont pas été tenus pour la plupart !

Effectivement, j’ai contribué à la mise en place des structures du MPP dans la province du Houet. Mes attentes ne sont pas que les membres de ces structures me servent! J’ai plutôt la ferme conviction qu’ils seront nombreux, ceux qui vont partager les mêmes convictions que moi.

Ceux-là vont adhérer au PPS. Ils sont d’ailleurs nombreux, ceux-là qui l’ont déjà fait. Quant aux engagements pris lors des différentes campagnes, ils l’ont été sous la bannière du MPP. Il appartient au MPP de veiller au respect de ses engagements.

Je profite faire observer qu’en tant que citoyen et fils de la région des Hauts-Bassins, je n’ai pas été satisfait des réalisations faites dans ma région durant les 6 ans de gestion du pouvoir par le MPP. Bobo Dioulasso et la région méritaient mieux que ce que nous avons vu. C’est un avis personnel.

Pour ce qui concerne l’offre du PPS, les populations se prononceront en temps opportun sur le bilan. En attendant,  il faut d’abord aller à la conquête du pouvoir d’Etat en espérant que la situation sécuritaire va nettement s’améliorer pour y parvenir. Pour le reste, on avisera !

Ouest Info : Qu’avez-vous à dire aux populations de Bobo, des Hauts-Bassins en général pour qu’elles acceptent épouser les idéaux du PPS ?

L’avènement du PPS n’a pas été une simple aspiration des démissionnaires du MPP, mais une nécessité qui s’est imposée au niveau de plusieurs chapelles politiques. Nous pensons que nous n’avons pas eu tort de penser à une réconciliation de la classe politique, dans la mesure où le PPS regroupe des leaders venant de plusieurs formations politiques. À ceux qui nous observent et nous écoutent d’en tirer profit.

La réconciliation de la classe politique peut être un bon départ pour un Burkina Faso apaisé. Un Burkina Faso de paix est aujourd’hui l’aspiration de tout burkinabè. Nous avons la conviction que le PPS habite et habitera les cœurs du peuple burkinabè et les cœurs des peuples africains.

Ouest Info : Un mot de fin ?

Merci beaucoup pour votre micro. Merci pour l’intérêt accordé à cette actualité politique dans la région des Hauts-Bassins.  À travers vous, nombreux sont ceux qui sont informés. Mes remerciements et mes  encouragements à vous et votre équipe.

Bon temps de carême à tous les fidèles musulmans,  bonne semaine sainte aux fidèles catholiques. Toute ma compassion aux familles endeuillées du fait du terrorisme. Soutien continu et appuyé à nos FDS. Dans la pénitence, prions pour la paix au Burkina Faso !

Interview réalisé par Mady

Abonnez-vous à notre newsletter
Entrez votre e-mail pour recevoir un récapitulatif quotidien de nos meilleures publications.
Copy link
Powered by Social Snap