Le « sanibigué » chez les bobo-madarê : entre écologie et spiritualité

Les bobo-madarê de la région de Bobo-Dioulasso ont célébré ce dimanche 14 février 2021, ce qui tient lieu dans leurs coutumes, de fête de nouvel an. Il s’agit des cérémonies festives de la fin de récolte connu sous l’appellation de « Sanibigué ». Si ces pratiques semblent être par endroit amoindries, les autorités locales, municipales notamment y accordent par contre une certaine importance du fait de leur valeur culturelle et écologique.

La veille, puis le jour du « sanibigué » et enfin  le(s) jour(s) d’après sont jours de cérémonies et de festivités dans les villages des bobos de la région de Sya. On se rend en brousse, on y prépare des mets avec les nouvelles récoltes rentrées dans les greniers, on précède à des cérémonies pour honorer les vieilles personnes décédés au cours de l’année écoulée, on ramène les restes des plus méritants comme des reliques au village.

L’itinéraire de la brousse à la concession village est un périple dont les étapes fonctionnent comme des haltes de recueillement spirituels pour ces peuples « païens » qui respectent la nature, invoquent des esprits ancestraux, mânes des disparus et ceux d’entités naturelles diverses comme l’eau et la foret…

Un responsable coutumier des jeunes s’exprimant à l’occasion du « sanibigué », Sanou Lagassané de Dioulassoba

 L’historien chercheur Doti Bruno Sanou confie que ces gestes spirituels sont soutenus par des connaissances de l’environnement, de la terre avec ses sources d’eaux visibles et souterraines, ainsi que de la flaure et de la faune.

« Le vieillard a conscience qu’il doit rendre à la terre tout ce qu’il lui a pris avant son décès : il doit assurer le renouvellement des richesses que la nature et la terre lui a offerte de son vivant. »

Ne les effectuent que les plus âgés, selon les classes d’âge, l’ainé des jeunes étant particulièrement à l’honneur, le « sanibigué » étant en grande partie une affaire de jeunes initiés, selon les contrées.

Mais tout se passe sous le contrôle des anciens. « Le vieillard a conscience qu’il doit rendre à la terre tout ce qu’il lui a pris avant son décès : il doit assurer le renouvellement des richesses que la nature et la terre lui a offerte de son vivant ». 

Une fois au village, la période de fête commence avec de nouveaux habits que portent fièrement et avec joie les jeunes et les enfants. Le « Zèrè », danse avec des grelots aux pieds est la danse du « sanibigué ».

Il se danse en groupe, comme lors de travaux champêtres en commun, sous un rythme dansant bien rythmé. La veillée jusqu’au petit matin est obligatoire, avant que ne se dispersent les danseurs.

Aucune cérémonie n’est oubliée, afin de s’assurer une prochaine bonne période l’année suivante. Quand on fête le « sanibigué », le signal est de fait donné pour programmer toutes les grandes dates après les travaux champêtres, et Dieu sait qu’il y’en a chez les bobos, jusqu’aux grandes funérailles.

C’est pourquoi le « sanibigué » est considéré comme le début du nouvel an coutumier. Et ses fervents défenseurs se désolent de voir sa pratique subir un amoindrissement avec le modernisme dans les régions gagnées par l’urbanisation.

Alain SANOU, adjoint au maire de Bobo soouligne la grande valeur culturelle du  »sanibigué »

Cette année, le « sanibigué » a été célébré dans la région de Bobo, et ensemble, en présence des autorités locales, par trois villages de Bobo-Dioulasso: Bindougousso, Tounouma et Sya. Les autorités municipales y ont pris part à côtés des notables des villages représentés.

L’ajustement de certaines pratiques est dû au respect des autres dans le sens de l’amitié des peuples et le vivre ensemble, ont  expliqué les notables.

Pour le représentant du conseil municipale Alain Sanou, la valeur culturel de cette pratique ne fait objet d’aucun doute et va dans le sens de la politique culturelle du gouvernement et la vision de développement du chef de l’Etat. Quant au Docteur Doti Bruno Sanou, il en a signalé bien des aspects exemplaires pour la recherche moderne, dont le volet écologique.

Thomas Niger/Ouest-info.net

image_pdfEn PDFimage_printImprimer le contenu

Laisser un commentaire