Le “Djomèlè”: Un moment de “réconciliation par excellence” en pays bôbô

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La célébration annuelle du nouvel an lunaire appelé « Djomèlè » à Bobo-Dioulasso est l’un des événements les plus spectaculaires dans la ville de Sya. Si pour certains cette période est un moment idéal pour les retrouvailles, pour d’autres par contre, au-delà des festivités, le Djomèlè occupe une place importante dans la culture Bobo. Pour mieux cerner l’importance de la célébration du Djomèlè dans la culture Bobo, son origine et le sens des festivités au cours de cette célébration, nous avons approché des notables de la chefferie de Dagasso, notamment le représentant du chef coutumier de Dagasso, Salia Sanou dit Balaye et ses confrères. Lisez plutôt !

Ouest Info: Comme chaque année, les festivités de Djomèlè ont commencé cette année. Pouvez-vous nous dire ce que c’est que le « Djomèlè » et son origine dans la culture Bobo ?

Salia Sanou : Le « Djomèlè » est le mois qui marque le début du nouvel an lunaire. Nos ancêtres qui ont accepté l’Islam ont toujours célébré le Djomèlè dans notre société.

Ouest Info: Nous avons remarqué que quand arrive cette période, vos fils et filles qui sont ailleurs, convergent ici pour la célébration de Djomèlè.  Que représente cette célébration pour la communauté ?

Salia Sanou: Il faut reconnaître que dans notre culture,  le Djomèlè est d’une importance très capitale. D’abord, le Djomèlè est un moment qui favorise la cohésion sociale, l’entente mutuelle, l’entraide et l’amour pour son prochain. En effet, c’est un événement qui réunit en une nuit, la nuit dite de Djomèlè, tous nos fils et filles d’ici et d’ailleurs sous le même toit pour fraterniser, partager les repas et avec les voisins, parler de paix et de pardon.

Aussi, c’est une période au cours de laquelle de grandes décisions sont prises dans les familles et les questions importantes sont évoquées. C’est également à cette période que la permission est donnée aux veuves de tisser des relations en vue de se remarier en toute liberté. En outre, c’est un moment de règlement définitif des conflits entre frères et sœurs. Par ailleurs, à cette période il est interdit à l’homme de frapper sa femme sous peine de payer des amendes auprès des aînés. Les parentés à plaisanteries sont fortement pratiquées. En un mot,  le Djomèlè est un moment de réconciliation par excellence.

Ouest Info: A vous entendre, il est clair que le Djomèlè regorge d’énormes avantages, cependant pouvez-vous nous dire quel est l’événement qui vous marque le plus au cours de cette célébration ?

Salia Sanou : L’événement qui me marque le plus au cours de cette célébration est la séance de révélation des « vices » de certaines personnes dans la société. Par exemple il est organisé au cours de cette nuit, entre deux camps, une séance de révélation des faits malsains de tel ou d’un tel autre qui nuirait sa réputation dans la société. Et à travers des chants,  ce vice ou ce comportement malsain est évoqué à l’endroit de l’intéressé qui se voit en quelque sorte humilié parmi les siens. Ainsi par ce geste, l’intéressé est amené à se réformer pour avoir son honneur au sein de la société.

Ouest Info: Pouvez-vous nous parler des différentes festivités organisées au cours de cette célébration ?

Salia Sanou: Comme festivités ou activités organisées lors de la célébration de Djomèlè, nous en avons assez. Il y a entre autres, la mouture rituelle du mil : le « din », le « dalading » par les jeunes filles à la place « witarasso ». Cette pratique tire son origine du temps des guerres tribales. En effet à la suite d’une bataille remportée par les guerriers Bobo à Baré, un petit village situé à environ 25km de Bobo, comme à la fin du combat les guerriers éprouvèrent la faim, on demanda alors aux jeunes filles de moudre le mil pour les vaillants soldats.

Il y a aussi l’abattage des bœufs suivi dans la soirée des retrouvailles dans les grandes familles où les fils et filles se régalent et font des bénédictions pour tous les ancêtres.

On a également le grand carnaval des jeunes communément appelé « Gouroun » tenue devant la mairie centrale de 22h jusqu’à l’aube et la danse des jeunes filles à witarasso/Kombréna(Dioulassoba) et à travers la ville.

Ouest Info: Quelle est la durée de la célébration du Djomèlè ?

Salia Sanou : En principe,  la célébration du Djomèlè dure 7 jours et se termine avec la danse des jeunes filles à travers la ville.

Ouest Info: Quels conseils avez-vous à donner à l’endroit des jeunes et des participants à cette célébration ?

Salia Sanou : Nous demandons aux participants de cultiver l’esprit de tolérance et de pardon au cours de cette célébration. Que les jeunes sachent que l’objectif majeur de la célébration du Djomèlè est la promotion de l’entente et du vivre ensemble à travers nos valeurs. Aujourd’hui, nos jeunes semblent tournés le dos à nos cultures.  Toute chose qui favorise l’incivisme avec ses corollaires.

Ouest Info : Un mot de fin ?

Salia Sanou: Que nos prières et celles de nos anciens nous accompagnent afin que règnent l’amour et la paix dans notre pays.

Propos recueillis par Boureima Konaté/stagiaire (Ouest-info.net)

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