Kôkô Dônda : des débuts anonymes du produit à son succès, une des pionnières explique

Le pagne Kôkô Dônda est un pagne essentiellement produit à Bobo-Dioulasso depuis plusieurs décennies. Jadis méprisé, on pouvait facilement le trouver en vente à l’entrée principale côté Est du marché central de Bobo en provenance du quartier Kôkô d’où la dénomination du pagne « Kôkô Dônda ». Aujourd’hui prisé, le pagne Kôkô Dônda est devenu un produit qui fait la fierté et le bonheur des acteurs qui œuvrent à sa promotion, sa valorisation et sa commercialisation. Ainsi, une des teinturières pionnières du Kôkô Dônda a attiré l’attention de Ouest Info qui a dépêché une équipe sur le site de production de celle-ci. Il s’agit de Fatimata Cissé qui a reçu sur son site situé à Dogona le 13 août dernier, le ministre du commerce, venu l’encourager dans son activité.

Le pagne Kôkô Dônda n’est pas un produit dont l’existence date d’hier. Il existe, il y a plusieurs décennies. Seulement, c’est un produit qui était méprisé avec des appellations comme « mon mari est chômeur », « mon mari est pauvre », etc.

Pendant longtemps resté dans l’anonymat, certains acteurs notamment les teinturières n’ont pas lâché prise jusqu’à ce que l’œuvre de leur talent intéresse les stylistes et créateurs de mode qui ont contribué à donner de la valeur au produit.

Ce qui a fait prendre à ce produit une grande importance auprès des consommateurs au niveau national. Ainsi, à la rencontre de Fatimata Cissé, ayant hérité du métier de teinture de ses parents, elle nous livre son périple de plusieurs années dans la production du Kôkô Dônda.

Des débuts du pagne Kôkô Dônda à son succès

Selon la teinturière pionnière du Kôkô Dônda, il fut une période où le produit qui est aujourd’hui prisé était mal aimé et considéré comme un pagne pour « pauvre ». Ce qui fait que ça se vendait au compte-goutte. Une situation qui ne permettait pas d’améliorer la qualité et varier les motifs.

« Au tout début, le kôkô Dônda ne se vendait pas bien car il était synonyme de pauvreté. On l’appelait « mon mari ne travaille pas ». Ce qui faisait qu’il était difficile d’améliorer la qualité et de créer des motifs divers. Mais avec le temps, vraiment les gens ont commencé à l’aimer. Ce qui nous a amené à revoir la qualité des tissus qu’on utilisait. Et aujourd’hui nous proposons à nos clients une gamme variée du pagne car chaque jour que Dieu fait, l’accroissement de la demande fait que nous réfléchissons pour trouver de nouveaux modèles » a-telle expliqué.

Une vue des employés de Fatoumata Cissé

Et un de ses gros clients, Eloi Sawadogo à qui nous avons rendu visite dans sa boutique nous a fait part de sa satisfaction de la qualité des produits que lui fournit Dame Fatimata Cissé. « Je suis dans la vente du Kôkô Dônda, il y a maintenant 4 ans environ mais j’ai un seul fournisseur : c’est madame Cissé. Cette fidélité à elle tient à la qualité de sa production. Elle me fournit des pagnes qui ne déteignent jamais. Ce qui fait que les clients ont toujours bien apprécié nos produits » a témoigné Eloi Sawadogo.

Le succès du Kôkô Dônda et ses difficultés de production pour dame Cissé

Le pagne « made in Bobo-Dioulasso » connait aujourd’hui du succès certes, mais sa production pose comme toute autre activité économique, des équations à résoudre.

Selon Fatimata Cissé, le produit se vend très bien aujourd’hui mais elle, comme ses camarades teinturières, sont confrontées de manière récurrente à un manque de matière première notamment le tissu qui est essentiellement importé.

En plus de cette principale difficulté, elle a énuméré d’autres contraintes qu’elle souhaite voir s’aplanir. « Aujourd’hui, nous vendons très bien les pagnes que nous produisons. Nous n’arrivons même pas à couvrir parfois la demande. La principale difficulté qui limite notre capacité de production c’est parfois la rupture de matière première qui nous vient de l’extérieur. A cette situation s’ajoutent d’autres difficultés. Comme autres problèmes, on a le manque de site approprié pour notre activité car nous le faisons devant la concession familiale. Il y a aussi l’absence de dispositif de traitement des eaux usées issues de l’activité ; l’insuffisance de matériel de protection pour les employés et le manque de fonds pour appuyer l’activité. Nous souhaitons donc que les autorités en charge de la promotion des produits locaux aient un regard sur ce que nous faisons car nous estimons que c’est une activité qui contribue à l’économie » a fait noter la teinturière de Dogona.

De la visite du ministre Harouna Kaboré à son idée de labellisation du Kôkô Dônda, Fatimata Cissé rassuréé, caresse de grandes ambitions


De la visite du ministre du commerce du 13 août dernier, la productrice du « pagne traditionnel de Bobo-Dioulasso » s’en réjoui car elle estime que c’est une marque d’importance à leur activité. Ce qui la galvanise davantage à plus d’effort pour rehausser l’image du Kôkô Dônda.

Avec le passage du ministre Kaboré, Fatimata Cissé s’est aussi et surtout dite rassurée quant à la possibilité d’un avenir rayonnant de ce pagne. « Avec les mesures d’accompagnement et de protection du produit envisagées par les autorités, nous sommes rassurées et nous allons nous aussi de notre côté jouer notre part de rôle pour que le Kôkô Dônda au-delà de son aspect financier fasse la fierté du pays hors des frontières » nous a confié dame Cissé avant d’émettre le vœu de voir sa petite entreprise pouvoir grandir et faire à l’avenir des productions en quantité industrielle.

Notons au passage que Fatimata Cissé emploie actuellement 11 personnes et produit entre 200 et 400 pagnes par jour pour un coût de production quotidien qui varie de 25000FCFA à 100 000FCFA. Avec toutes les conditions réunies, la teinturière est sûre de pouvoir produire plus que sa capacité actuelle.

Abdoulaye Tiénon et Abdoul Karim Etienne Sanon


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