Gnafogon-Bobo : 45 km qui coûtent plus cher que Bobo-Ouaga en saison des pluies

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Gnafogon est un village situé dans la commune rurale de Péni dans le Houet. Rallier Bobo à ce village en saison pluvieuse ou tout au moins après une grosse pluie, relève d’un parcours du combattant. Sans le vouloir, une équipe de Ouest Info en a fait un bout d’expérience de ce périple ce vendredi 13 août 2021.

Gnafogon, un village situé derrière des falaises à une quarantaine de kilomètres de la ville de Bobo-Dioulasso. Son seul nom rappelle forcément à tous ceux qui le fréquentent quotidiennement, un périple pour le rallier d’avec la route nationale numéro 7 qui mène à la ville de Bobo.

Sous une pluie battante, mal nous en a pris d’arriver coûte que coûte à Gnafogon car nous y partions pour un reportage. Après les falaises par lesquelles l’on passe pour aller au village en question, commence notre calvaire. Un premier marigot plein d’eau qu’il faut traverser.

Mais comment faire pour un étranger des lieux. Il faut nécessairement se faire guider par des jeunes qui y officient pour se faire de l’argent. Sans avoir le choix, nous sollicitons leurs services parce qu’il ne faut pas prendre des risques. Ils nous font ainsi traverser un marigot dont l’eau atteint à peine les reins d’une personne mesurant environ 1,70m.

Combien devons-nous payer? 500f, nous ont-ils répondu avant que nous ne leur proposons 300f qu’ils encaissent sans discuter. Pensant être tiré d’affaire, les jeunes nous informent qu’il y a encore deux autres marigots à traverser avant d’arriver à Gnafogon sans toutefois nous dire ce qui nous attendait réellement.

A environ 1 km sur un sentier tortueux, nous voilà face au 2ème marigot plus grand et dont la vue de l’eau ne donne aucune envie de s’y aventurer. A l’autre rive qui est à environ 100 mètres, des jeunes nous proposent leur service. Nous acceptons et ils nous rejoignent pour nous faire traverser avec cette fois-ci, une hauteur d’eau qui nous dépasse les reins. Sans être trop exigeants, ils ont souhaité encaisser 500f. Chose que nous n’avons pas discuté vu l’effort qu’ils ont fourni.

De là, il nous a encore fallu parcourir 3 à 5 kilomètres pour maintenant atteindre le dernier marigot à traverser pour arriver à Gnafogon. Nous y trouvons quelques dizaines de personnes, toutes dans l’attente de traverser. Aux renseignements, des jeunes méfiants nous font savoir qu’eux aussi sont dans l’attente pour traverser.

Mais qu’ils attendaient une diminution du niveau de l’eau pour tenter l’aventure. En réalité, c’était ceux-là qui étaient chargés d’offrir leurs services pour la traversée. Pendant notre attente, nous sommes-nous familiarisés avec un sexagénaire qui est visiblement un ressortissant de la localité. « Gnafogon est vraiment enclavé. Cela n’est pas quelque chose de caché. Chaque jour, on parle de ça dans les radios mais rien. Avec un pont géant seulement, le problème de Gnafogon est résolu. Dernièrement il y a une ambulance qui venait chercher un malade et s’est embourbée ici. Elle y a passé toute la nuit. Imaginez-vous un peu si présentement, il y a un cas urgent qui nécessite une évacuation vers Bobo ! On fait comment avec ce niveau d’eau. La personne a tout le temps pour mourir sans qu’on ne puisse l’évacuer. Il faut que l’autorité pense à cela sinon Gnafogon souffre pour rallier Bobo en saison hivernale » nous a-t-il confié d’un air calme qui camoufle mal sa colère.

Ainsi après 2 heures d’attente, les jeunes forment une haie et essaient de traverser pour jauger le niveau de l’eau. Chose qu’ils ont réussi avant de revenir de l’autre rive se trouvant à plus de 100 mètres avec une mobylette soulevée au-dessus de leurs têtes avec le niveau de l’eau presqu’à leurs coups.

Leur business a donc commencé pour cette journée. Constitués en plusieurs groupes, les jeunes ont ainsi commencé à faire des va-et-vient entre les deux rives du marigot avec des engins suivis de leurs propriétaires prudemment accrochés à leurs pas. Ce qui faisait surtout l’affluence sur les deux rives, c’est que c’était jour de marché à Gnafogon. Ainsi  au bout d’une trentaine de minutes, vient notre tour de traverser. Cette fois-ci, nous n’avons pas pris le risque de traverser avant de discuter le prix. Allez-vous nous faire traverser à combien? A cette question, ils nous répondent: 5000f. 5000f! Nous sommes-nous exclamés. Combien avez-vous? Nous ont-ils répliqué. 1000f est notre réponse. Impossible, 5000f ou rien. Nous ont-ils rétorqué en passant au suivant car les clients sont nombreux.

Face à l’intransigeance de ces jeunes transporteurs circonstanciels d’engins, nous nous sommes résolus à rebrousser chemin pour remettre à plus tard notre mission. Ce qui a été finalement fait avec le bout de périple qu’on avait déjà fait. Sur le chemin de retour, un monsieur en partance pour Gnafogon se renseigne sur l’état des marigots à traverser. Nous lui faisons le récit. « 5000f pour traverser le marigot que moi je connais. Non! Ce n’est pas vrai. Les années passées, on nous faisait traverser à 500f. Et du coup, ça passe à 5000f, c’est pas possible » s’est-il étonné avant que nous ne prenions congé de lui.

Quand on fait la sommation de ce qu’une personne doit dépenser de Bobo pour se rendre à Gnafogon à 45 km après une grosse pluie, ça dépasse largement le transport Bobo-Ouaga qui fait environ 360 km.

Et Gnafogon n’est qu’un échantillon du problème d’enclavement dans le Houet et dans l’ouest du Burkina en général. Une situation qui se présente comme un véritable cauchemar pour les populations surtout rurales.

Abdoulaye Tiénon/Ouest-info.net

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