Flambée des prix des céréales : Le spectre d’une crise alimentaire !

L’heure est grave au Burkina Faso ! Sur le marché,  les prix des denrées alimentaires ne font que grimper, pendant que chez le consommateur,  le pouvoir d’achat diminue. Il y a une hausse généralisée des prix des céréales. Le maïs, le mil et le sorgho sont devenus chers et inaccessibles au citoyen lambda. La situation devient de plus en plus difficile au point que certaines familles n’arrivent plus à assurer deux (02) repas par jour. Une équipe de Ouest Info s’est rendue  au marché de Belleville à Bobo-Dioulasso. Constat.

La hausse continue des prix des denrées alimentaires devient de plus en plus inquiétante pour les Burkinabè. Presque tout est devenu cher tandis que le pouvoir d’achat des consommateurs s’affaiblit. Les commerçants, eux, n’hésitent pas à exagérer les prix des céréales (mil, maïs, sorgho, niébé). Que de lamentations !

« L’heure est vraiment grave, la hausse des prix des céréales est sans doute liée au déficit céréalier de l’année dernière. Nous achetions la boite de farine de maïs à 300 fcfa. Cette même mesure se vend actuellement à 600 fcfa. Ce qui nous amène à diminuer la tartine. Au vu de cette quantité certains de nos clients préfèrent manger du riz qui coûte relativement moins chère », explique Fanta Cissé, une restauratrice affectée par la flambée des prix des céréales.

Le prix du sac de maïs de 100kgs a presque doublé

Entre la période d’octobre 2021 à fin janvier 2022, le prix du kilogramme de maïs est passé de 200 fcfa à 400 fcfa. Comparer ce prix à la même période de 2021 où le kg coûtait 200 Fcfa, l’on constate que la hausse est de 100 %.

Même situation au niveau du sorgho et du mil qui coûtent environ 450 Fcfa et 500 Fcfa/kg la boîte. Or pas plus tard qu’au dernier trimestre de l’année passée (2021), ces céréales étaient vendues respectivement à 220 Fcfa/kg et 250 Fcfa/Kg, soit 100% d’augmentation également.

Dans les marchés de Bobo-Dioulasso, la surenchère est d’autant flagrante, tant il se trouve des commerçants qui vont jusqu’à ajouter la somme de 1000 F ou 2000 Fcfa au prix du sac de 100kg de maïs qui semble être, selon une empirique remarque, à 21 000 fcfa ; de même que le sorgho, le mil et le niébé dont les prix ont également augmenté et sont quelques fois vendus à 21 000  fcfa, 25 000 fcfa et 47 500 fcfa respectivement.

Alors que, selon la plateforme du système d’information sur les marchés agro-sylvo-pastoraux (SIMA) des Haut-Bassins, l’an passé à la même période le maïs était vendu à 13 500 fcfa, le mil à 18 000 fcfa, le sorgho à 13 000 fcfa et le niébé à 35 000 fcfa le sac.

Clairement le déséquilibre est évident. Situation sécuritaire et pluviométrie capricieuse…

Les agriculteurs tentent tant bien que mal de résister malgré les caprices climatiques. Malgré cela, l’effet des changements climatiques est indiscutable, du fait de l’installation tardive de la saison pluvieuse, avec une irrégularité des pluies.

Latifatou Toé, vendeuse de céréales au marché de Belle-Ville, n’en dit pas le contraire. Pour elle, les récoltes n’ont pas été bonnes chez les agriculteurs. Les greniers n’étaient pas aussi remplis que les années précédentes, ceux-ci étaient obligés de vendre ce qu’ils avaient sous la main plus cher qu’avant pour avoir leur bénéfice et pouvoir nourrir leurs familles, soutient-elle.

Salimata Ouattara, vendeuse de légumes au bord du goudron, elle, trouve que « l’augmentation des prix des denrées alimentaires vient du faite de la hausse du prix des intrants tels que l’engrais qui est cher et difficile à se procurer pour les agriculteurs. Quand nous allons pour acheter nos légumes, c’est ce qu’ils nous disent ».

Chacun avec ses informations et son vécu peut expliquer. Mais même si l’installation tardive de l’hivernage est à invoquer, l’insécurité est aussi en partie à l’origine de la vie chère au Burkina.

Cela empêche les déplacements vers les zones de récoltes tels que les régions du Sud-ouest ou de la Boucle du Mouhoun. Et les transporteurs, pour ravitailler les autres localités, ont peur d’y aller et certains agriculteurs ont abandonné leurs champs à cause des attaques terroristes. Devenus aujourd’hui des déplacées internes, ils ont du mal à avoir des terres pour cultiver.

Un agent de police qui désire garder l’anonymat confirme : « lorsque nous allons sur le terrain pour combattre les terroristes, nous sommes désolés de constater de nombreux champs vides et non exploités par nos paysans qui ont tous déserté leurs villages à cause de ces forces du mal. Pour ma part, je dirai que la montée des prix est principalement due à l’insécurité qui nous empêche de produire. Pour cela nous comptons sur la réaction des nouvelles autorités pour apporter des solutions parce que la situation fait peur ».

« Dieu et le chef de l’Etat ! »

Au niveau des condiments aussi, les prix ont flambé

« Nous avons faim et besoin d’espoir. Le Burkina n’a pas eu la chance ces dernières années avec l’insécurité, le corona virus, le changement climatique défavorable et maintenant le coup d’Etat du lundi 24 janvier. Notre sort se trouve entre les mains de Dieu et du nouveau chef de l’Etat à qui nous demandons d’agir pour qu’on n’en arrive pas à la famine au Burkina Faso », craint de son côté Alain Nana, habitant de la ville de Bobo-Dioulasso.

Au quartier Belle-ville, le vieux Brama est d’avis que l’actuel pouvoir soit interpellé et il préconise que « l’Etat subventionne les vivres en ces temps durs pour permettre à la population de tenir ».

C’est avec un ton inquiet et désespéré qu’Issa Touré, instituteur à la retraite, se confie : « le déséquilibre est total ». Selon lui, la région des Hauts-Bassins, qualifiée de grenier du Burkina est en passe de se vider, au point que le sac de maïs se négocie entre 20 000 fcfa et 24 000 fcfa au marché.

Il suggère que les prix soient stabilisés par l’Etat et que les sorties intempestives des vivres soient arrêtées, pour que les Bobolais et les burkinabè se nourrissent d’abord.

Abdoul Aziz Senou et Faouzia Astride Sanou/Stagiaires Ouest Info

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