Fermer ou ne pas fermer le site de sable de Borodougou : Les propositions du maire Bakoné Milogo

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Sur la route nationale numéro 1,  à cent mètres environ du barrage de stationnement de véhicules poids lourds et gros porteurs à la sortie de Bobo-Dioulasso, l’activité humaine rend menaçante une excavation géante de plusieurs centaines de mètres de diamètres et de profondeur : le très impressionnant et effrayant site d’extraction de sable de Borodougou ; où officient quotidiennement des centaines de travailleurs qui prennent de gros risques pour leur pain quotidien mais hélas en toute illégalité. Impuissantes, autorités municipales et régionales laissent faire à défaut de pouvoir fermer tout accès au site. Il ne reste plus que quelques dizaines de mètres avant que les usagers qui y remplissent chaque jour, des chargements de camions de transports d’agrégats,  n’atteignent de leurs pioches et pelles le goudron. Mais que faire ? Le maire de l’arrondissement 4 Ladji Bakoné Milogo dont relève les lieux, propose…

“Constat de la situation du site depuis des années

La question de ce site à Borodougou n’est pas d’une actualité récente. Il faut dire que c’est une affaire qui date de plusieurs années. Si je ne me trompe pas, depuis le gouverneur Pascal Benon, des mesures avaient été prises pour fermer ledit site. Malheureusement jusqu’aujourd’hui, rien n’est fait. Un moment donné, il avait même été question d’implanter des bornes pour limiter la progression des usagers de ce site vers la route nationale numéro 1.

Mais force est de constater qu’aujourd’hui, ces bornes sont restées dans l’oubliette, parce qu’on a contourné ces bornes et ils sont allés jusqu’à dix mètres de la voie principale numéro 1. C’est dire qu’aujourd’hui, le site présente un danger que je ne peux pas qualifier. Si tout de suite quelque chose n’est pas fait, c’est un site qui va créer des désagréments non seulement pour la population riveraine, mais aussi pour l’ensemble de la région.

Quand on sait que Bobo-Dioulasso est une zone où l’on trouve beaucoup d’eau souterraine, avec des trous béants de cette nature, il va sans dire qu’on peut y jeter n’importe quoi qui va polluer le sous-sol. Pour pallier un triste constat, je pense que c’est pour cela que le ministère des infrastructures a procédé à une visite des lieux samedi dernier pour justement constater de visu la réalité et prendre des mesures qui vont avec. 

L’exploitation de la carrière de sable qui menace la route nationale numéro 1

Le gouvernorat a toujours préconisé la fermeture pure et simple du site depuis Pascal Benon.

J’ai fait partie de cette mission puisque c’est mon arrondissement. Ensemble nous avons constaté la dégradation du sol et de la nature et vu la progression de ces usagers, de ces personnes qui se livrent à l’extraction de sable vers la route nationale numéro 1.

Cette activité se mène sans que la commune ne perçoive même cinq francs. À la fin, la problématique de ce site reviendra à la commune. S’il faut prendre la responsabilité du site alors qu’on ne perçoit rien, ce n’est pas du tout facile. C’est pourquoi au niveau de la commune, nous avions pris des délibérations, non seulement pour réglementer le coût des agrégats dans la ville de Bobo-Dioulasso, mais aussi de proposer ce que nous devons percevoir sur l’exploitation des lieux.

Cela implique ceux qui se disent propriétaires terriens et ceux qui exploitent le sable, les propriétaires de camions bennes. Le problème n’est pas au niveau de l’argent. Il ne s’agit pas pour nous de faire des ressources. Il s’agit d’envisager ce qu’il faut faire pour que ce site ne soit pas un danger pour ma population.

Si depuis le temps du gouverneur Pascal Benon les mesures avaient été prises comme annoncées, peut-être qu’on n’en serait pas là aujourd’hui. Mais il faut reconnaitre que le gouverneur actuel Antoine Atiou a aussi pris des mesures, mais malheureusement leur application n’est toujours pas effective.

Quelle solution alternative à la fermeture du site?

En tant que maire de l’arrondissement, j’ai personnellement rencontré les populations riveraines relativement à la fermeture du site mais avouons qu’il n’est pas facile de convaincre des personnes dont c’est le gagne-pain quotidien. Il faut compter au minimum trois cents personnes qui travaillent quotidiennement sur le site pour extraire du sable.

Quand vous savez que s’ils n’y vont pas ils n’ont rien d’autre pour subvenir aux besoins de leurs familles, l’autorité ne peut pas de facto leur dire de partir! Quand on connait la situation socio-économique de notre pays…. Moi je pense que c’est une réinsertion socioéconomique qu’il faut envisager pour ces usagers.

Faire une étude sérieuse de la situation, recenser ceux qui y travaillent effectivement et non des fictifs, pour leur proposer quelque chose afin qu’ils abandonnent les lieux.

C’est pas plus compliqué ! Il faut parfois des moyens forts pour pallier ce genre de situations, à mon avis. Dans le contexte de réconciliation nationale dans laquelle le pays est engagé actuellement, ce n’est pas la peine de créer des problèmes supplémentaires avec les populations.

Pour le maire, il faut trouver une solution urgente avant que le pire ne se produise

Il faut faire un recensement sur les lieux, les orienter vers un autre site plus approprié ou leur donner de quoi s’orienter vers d’autres activités génératrices de revenus. Mais cela, c’est le travail des techniciens de le préparer par des études préalables.

Nous avons visité le site en compagnie du directeur régional en charge des infrastructures, le directeur régional de l’environnement, le secrétaire général du ministère des infrastructures, et en présence d’un certain nombre de techniciens qui étaient de la visite sur le site.

Ils doivent pouvoir proposer quelque chose au ministère. Le site a d’ailleurs fait objet d’un mémoire d’études qui a également fait  des propositions de solutions. Autant de propositions qu’il faut amender pour résoudre le problème de ce site qui représente une menace potentiellement dangereuse. Les incidents malheureux y sont nombreux.

Des gens ont fait des chutes dans le trou suite à des vertiges en bordure et d’autres y sont décédés. Au cours des mois, on nous rapporte souvent ce genre d’incidents, sans compter les risques d’éboulements.  C’est vrai qu’il n’existe pas d’activité sans risque mais la sensibilisation doit être continue pour prévenir les populations contre le danger auquel les gens s’exposent sur ce chantier.

Il est important que les mesures prises au niveau de la commune et de la région soient mises en exergue et que les moyens annexes que je viens de proposer soient pris en compte pour résoudre définitivement le problème, en procédant à un recensement avec la collaboration de leur syndicat.  Afin de les désintéresser pour qu’ils quittent les lieux».

Propos recueillis par L. Dô Sanon/Ouest-info.net

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