Désordre inquiétant au marché de Bobo : trancher le nœud gordien de la gestion « bicéphale »

Comme c’est souvent le cas sous nos cieux en Afrique et au pays des Hommes intègres, il y a les textes réglementaires et il y a la réalité du terrain. Le marché central de Bobo-Dioulasso n’a pas échappé à cette réalité au cours des ans depuis sa mise en fonctionnement officielle. Tout semblait aller bien jusqu’à ce que des contrôles effectués sur certaines dépenses occasionnent des « incompréhensions » et un bicéphalisme dans la gestion à travers deux structures, dans un feuilleton judiciaire dont le dernier épisode n’est pas terminé.

Le grand marché de Bobo-Dioulasso  souffrirait-il de la multiplicité de ses acteurs et de la complexité de son mode de gestion ? Y interviennent en effet des acteurs dont les intérêts ne sont pas toujours concordants. Il a fallu une contribution financière de l’Agence Française de Développement à hauteur de 2 milliards et demi pour la construction du marché.

A cela, s’ajoute environ 1 milliard et demi avec une contribution majoritaire des commerçants. Ce qui leur donne un droit de regard dans la gestion avec certains avantages dont principalement des coûts d’occupation des boutiques qui soient supportables pour leurs bourses. Il ne s’agirait pas de locations en tant que telles, mais d’une contribution pour l’entretien du marché.

C’est ainsi que les espaces d’installation de 4m² leur ont été attribués contre une participation de trois mille (3000) francs CFA par mois. Les espaces plus grands contribuent un peu plus, mais jamais au-delà de la somme limite de dix mille (10 000) francs CFA.

Cet accord entre les différentes parties impliquant la mairie, les associations de commerçants et d’autres structures publiques est sensé se poursuivre jusqu’en 2026, date à laquelle le marché pourrait devenir entièrement une structure dépendant davantage de la mairie du point de vue de sa gestion.

Mais entre-temps, le désordre s’est invité dans l’occupation des espaces, avec des expansions de boutiques débordant au double de l’espace normal attribué, jusqu’à envahir les espaces de circulation des usagers du marché. Et au grand mépris des mesures réglementaires, notamment au plan sécuritaire.

Koussoubé Amidou, responsable d’un collectif associatif des commerçants du marché central pense que la Mairie ignore certains détails des réalités du marché et souhaite davantage de concertations

Les installations électriques anarchiques occasionnant d’autres soucis et inquiétudes des techniciens effectuant des contrôles périodiques sur le marché à cet effet. Mais ces situations ont plus souvent été causes de discussions que de solutions vraiment satisfaisantes de part et d’autre.

C’est ainsi que la compagnie d’assurance (la SONAR) qui s’était impliquée s’est retirée du marché central, vu l’ampleur des risques.

« Mieux géré, le marché générerait bien plus de revenus », estiment certains acteurs.

D’autant plus que certains commerçants bénéficiant de ces coûts rabaissés d’occupation d’espaces, les reloueraient à soixante mille (60 000) francs CFA à d’autres commerçants, soit le double de ce qu’ils versent mensuellement.

Et si le marché était devenu trop étroit, et que depuis sa construction, il aurait été plus judicieux de penser à un marché à deux niveaux pour une ville de la taille de Bobo-Dioulasso ? Des commerçants pensent que c’était la chose à faire pour fluidifier le trafic, mais l’idée se serait heurtée à une question « d’habitude qui veut que les marchés soient plus praticables sur un terrain plat qu’en étage».

Si cela peut aider à améliorer la situation, les commerçants, lors de certaines rencontres de concertations, n’ont pas exclu de consentir à certaines hausses des contributions mensuelles dans certaines boutiques relevant du marché. Le manque d’espace a aussi conduit à des attributions dont on ne sait pas trop qui a attribué les numéros ni « où est rentré l’argent».

C’est encore un « problème d’argent » qui aurait conduit à une crise au sein de la structure de gestion des marchés, jusqu’à ce que l’autorité municipale décide d’y mettre plus d’ordre en passant par la voie judiciaire. Ce qui a conduit à la mise en place d’une nouvelle structure de gestion dénommée SGIEM (Structure de Gestion des Infrastructures et équipements marchands).

Toutefois, d’appels en appels devant les juridictions, l’ancienne structure qui avait déjà une certaine notoriété dans le marché et la nouvelle et unique structure reconnue par la mairie (la SGEIM) se retrouvent renvoyées dos à dos, en attendant un « ultime » procès devant un tribunal « autrement constitué ».

Didier Abel Toé de la SGM, expliquant les plans normaux d’occupations des 3.300 boutiques réglementaires  du marché, les allées de circulation dans le marché et les espaces de sécurité

En attendant, la SGM, fonctionne tant bien que mal dans leurs nouveaux bureaux.  La voie de la négociation qu’on souhaiterait pour dénouer cette crise a été tentée, mais jusqu’à ce jour sans résultat efficient. « Il n’y a pas cette autorité devant laquelle nous ne sommes pas allés dans l’espoir de résoudre la crise par la médiation » affirme Toé Abel Didier.

Il y a lieu d’espérer que la solution consensuelle advienne bientôt pour la bonne marche des affaires au marché central de Bobo-Dioulasso afin qu’il génère davantage de bénéfices pour les uns et les autres dans un cadre sécurisé et fonctionnel.

Ces revenus permettraient de construire d’autres infrastructures du genre, selon les souhaits du maire de Bobo-Dioulasso, s’exprimant sur cette question lors d’une interview.

L. Dô Sanon/Ouest-info.net

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