Déplacés internes à Dédougou : Abdoul Salam, un agent de santé dans la détresse

La vie de plus d’un million de Burkinabè a basculé du jour au lendemain en raison des attaques terroristes survenues au pays des hommes intègres depuis 2016. Ces compatriotes  ont dû fuir leurs localités d’origine pour aller s’installer à des endroits plus paisibles. Abdoul Salam Kogdbéogo, la cinquantaine bien sonnée, a quitté son village de Beled dans le Soum sous la menace des groupes terroristes et ce, depuis octobre 2019 avec femmes et enfants pour se réfugier à  Dédougou. Laissant derrière lui un village assiégé et surtout ses activités socioprofessionnelles.  L’asile d’Abdoul S.  Kogdbéogo dans la capitale de la région de la Boucle du Mouhoun est loin d’être un paradis.

Tout a basculé pour Abdoul Salam Kodbéogo  et sa famille après l’attaque par des groupes armés de leur village Beled, petite bourgade de la commune de Tongomayel située dans la région du Sahel (Nord du Burkina)  il y a de cela deux ans. « C’était en octobre 2019. Les terroristes sont arrivés à Beled. Ils tuaient toute personne qu’ils rencontraient sur leur chemin exceptés les femmes et les enfants… C’est Dieu qui m’a sauvé. Après l’attaque, nous avons fui pour aller à Tongomayel», relate Abdoul S. Kodbéogo encore sous le choc des événements. Ce quinquagénaire se remémore les circonstances dans lesquelles ses proches et lui ont tout abandonné pour sauver leur vie. Par la suite, ce fut un parcours du combattant pour rallier Dédougou, chef-lieu de la région de la boucle du Mouhoun.

«De la commune rurale de Tongomayel, ma famille et moi sommes allés à Ouahigouya avant finalement de mettre le cap sur la Cité de Bankuy (Dédougou) », explique M. Kodbéogo. A en croire l’ex-agent de santé, sa famille est arrivée bredouille à Dédougou.

Il tient à relever l’hospitalité et la solidarité des populations hôtes qui leur sont venues au secours avec des vêtements  et de la nourriture. Ce soutien qui a précédé celui des autorités publiques et des organisations internationales a permis de tisser et de raffermir les liens entre sa famille et les autochtones, fait-il savoir.

Les épouses du Sieur Abdoul Salam Kodbéogo mènent des activités génératrices de revenus afin de l’aider à faire face aux besoins vitaux du ménage

Aussi, la famille Kogdbéogo bénéficie  de dons de vivres de la part de la direction provinciale en charge de l’action humanitaire du Mouhoun, de la mairie de Dédougou, du Conseil régional de la Boucle du Mouhoun ainsi que du Programme alimentaire mondial (PAM). Cependant, ces aides restent en deçà des besoins, fait  observer Monsieur Kogdbéogo.

Plus de 3000 déplacés internes à Dédougou

Avec l’afflux massif des personnes déplacées internes (PDI) dans la ville de Dédougou, la direction provinciale en charge de l’Action humanitaire est confrontée à l’absence de sites d’accueil temporaires (SAT). La cité de Bankuy enregistre de nos jours plus de 3000 déplacés internes selon les services de l’Action humanitaire.

Cette situation a obligé Abdoul S. Kodbéogo  à recourir à la location afin d’abriter les 25 membres de sa famille. Il  a pu leur trouver un logis dans la zone non lotie de Dédougou où il doit s’acquitter mensuellement d’un loyer de 25 000 FCFA. « C’est la croix et la bannière à chaque fin de mois », nous confie-t-il tout peiné avant d’ajouter : « j’ai beaucoup d’arriérés. Ce sont mes deux femmes qui écrasent ou décortiquent les arachides, nettoient les maisons et lavent les habits des gens en ville pour avoir un peu d’argent. Ces revenus sont utilisés pour payer le loyer. C’est grâce à la compréhension des bailleurs que nous sommes toujours là ».

Le chômage et l’oisiveté sont le quotidien du chef de la famille Kogdbéogo. « Quand je me lève le matin, je suis là à ne rien faire. Il n’y a pas de travail. Souvent je prends mon vélo pour aller chercher un fagot de bois en brousse pour ne pas rester à ne rien faire»,  lance-t-il d’un air désespéré. Toutes ses démarches auprès de certaines structures de la ville de Dédougou dans l’espoir d’y trouver un emploi sont restées jusqu’à fin janvier 2022 vaines.

Avant l’attaque de son village Beled en octobre 2019, Abdoul Salam Kodbéogo  menait une vie paisible au regard des activités qu’il exerçait. « J’étais agent de santé à base communautaire. Je travaillais au CSPS de Beled. J’étais aussi le conseiller municipal de mon village. En plus, je travaillais avec la Croix-Rouge, l’UNICEF, l’OCADES et Solidarité internationale dans le cadre de plusieurs projets. A la fin de chaque semaine, je déposais un rapport et on me payait», affirme-t-il.  Cela n’est désormais qu’un lointain souvenir car à présent Abdoul S. Kogdbéogo est réduit au chômage.

Sur ces 7 écoliers, seulement 3 ont pu regagné le chemin de l’école

“Nous voulons retourner  à Beled

En plus de la galère au quotidien, notre déplacé interne de Dédougou est dans l’incapacité de scolariser l’ensemble de ses enfants. Au nombre de  sept (07) écoliers à Beled, ils ne sont que trois (03) à pouvoir retrouver le chemin des classes à Dédougou. Et pour cause, l’indisponibilité de places dans les établissements d’enseignement publics et le manque de moyens pour les inscrire dans le privé.

Malgré les contraintes liées au déplacement forcé, Monsieur Kogdbéogo  est loin de tomber dans la victimisation et le fatalisme. Sa situation de déplacé ne lui semble pas un obstacle pour aller de l’avant. Il garde tout de même espoir. Dans cette dynamique, il  est sur le point de se faire recruter dans un secrétariat public de Dédougou afin de faire face à quelques charges familiales. « Celui qui dort sur la natte d’autrui, dort à terre », clame ce chef de famille de 53 ans.

Et pour éventuellement éviter de dormir à terre, lui et ses proches s’accrochent sempiternellement à l’espoir de retrouver un jour leur localité d’origine. Leur regard est donc tourné vers les nouvelles autorités politiques du Burkina Faso. « Ces autorités doivent tout mettre en œuvre pour que nous retrouvons notre village Beled »,  espère Abdoul Salam Kogdbéogo.

Sougrinonma BELEM/Correspondant à Dédougou

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