Dédougou : Mairie et population s’accusent de la mauvaise gestion des bacs à ordures

Le constat est implacable à Dédougou. Les espaces où sont disposés les bacs à ordures sont pleins de toutes sortes d’immondices. Ces lieux, à en croire des populations riveraines, cristallisent de nombreuses préoccupations relatives à l’insalubrité. Une situation qui expliquerait la colère de ces populations qui accusent les autorités communales de mauvaise gestion de ces outils qui devraient contribuer à l’assainissement de la cité. La mairie, quant à elle, pointe du doigt la mauvaise utilisation des bacs à ordures par la population.

La commune de Dédougou a un sérieux problème d’assainissement. La mairie a pourtant installé des bacs à ordures à plusieurs endroits de la ville pour faciliter la collecte des différentes sortes d’ordures et de déchets générés par les activités des populations.

Mais le constat général révèle un dysfonctionnement dans la gestion de ces outils destinés à faciliter l’hygiène et l’assainissement de la cité. Une partie de l’opinion communale estime que le problème se situe au niveau des autorités municipales auxquelles elle reproche de manquer de suivi vis-à-vis des bacs à ordures.

La réalité du terrain apporte de l’eau au moulin de ces accusateurs. En effet, les bacs sont toujours inondés d’ordures. Ils présentent de ce fait un visage qui donne à penser que le dernier enlèvement des ordures de ces lieux date de plusieurs mois, pour ne pas dire des années.

Ce mardi 05 avril 2022, la réalisation d’un entretien sur le sujet nous amène à l’école primaire publique Grand Forakuy A, située au secteur 03 de la ville. Un bac à ordures plein à craquer nous accueille à l’arrivée. Des sachets, des cartons, des bidons, des restes de nourritures abandonnées jonchent aux alentours du bac. Le tout dégageant un mélange d’odeurs à couper le souffle. « C’est le quotidien ici », informe une vieille personne, se déplaçant à l’aide d’une canne, rencontrée là par le fait du hasard. Plus loin, d’autres femmes, visiblement préoccupées par l’état du bac à ordures échangent quelques propos : « si la saison pluvieuse commence, il est presque impossible de passer par ici, à cause des odeurs ». Environ une dizaine de mètres de rayon du bac est inondé de déchets de toutes sortes.

De l’enchantement au désenchantement

Jouxtant l’école, le bac à ordures avait suscité de l’enthousiasme chez la communauté scolaire. Elle a vu en l’installation de cet outil à proximité de l’établissement une opportunité dans le maintien de l’hygiène et de la propreté au sein de l’institution. Ce sentiment de joie n’a pas fait long feu et ce n’est pas Salimata Sissao, directrice de cette école qui dira le contraire. Elle affirme donc que c’est l’inverse de leur attente qui se produit. « Le bac à ordures qui était censé nous rendre la tâche facile côté hygiène-assainissement, c’est tout à fait l’effet contraire que nous vivons à cause de sa mauvaise gestion », lâche-t-elle avec un soupir fataliste. Si la directrice reproche à la mairie de ne pas procéder à l’enlèvement des ordures de façon régulière, elle dénonce également le comportement indélicat de certains usagers du bac à ordures. En effet, elle avoue que « les riverains n’utilisent pas convenablement le bac à ordures. Il y en a qui viennent jeter leurs déchets juste à côté du bac ».

Bac à ordures installé à cheval entre le lycée provincial de Dédougou et la direction régionale de la santé de la Boucle du Mouhoun au secteur 5

Le défaut d’enlèvement à temps des ordures par la municipalité, combiné avec la mauvaise utilisation du bac par certains usagers annihilent les efforts de maintien de la propreté au sein de l’établissement, surtout que ce dernier n’a pas de clôture. « Le vent nous ramène les déchets dans la cour de l’école. Ce qui rend vains tous nos efforts de nettoyage. En plus, les odeurs nauséabondes que la poubelle fait sentir indispose », explique la première responsable de l’établissement, un peu gagnée par la déception.

La colère des riverains….

A l’instar du bac à ordures gisant à côté de l’école primaire Grand Forakuy A, ceux disposés à proximité du lycée provincial au secteur 05 et à la cité des forces vives au secteur 02 de la cité du Bankuy présentent les mêmes aspects.

Si ce ne sont pas des personnes, notamment des enfants qui viennent fouiller dans ces poubelles, ce sont des animaux qui fouinent dans ces immondices à la recherche de leur pitance. Et les plaintes de ceux qui habitent à côté des endroits où sont disposés les bacs à ordures fusent de partout, selon les témoignages recueillis.

Zénabo Bancé est résidente de la cité des forces vives de Dédougou. Quand nous l’abordons au sujet du bac à ordures, elle laisse vite transparaître la résignation dans son regard avant de se raviser : « nous avons interpellé plusieurs fois les autorités sur la situation. Mais voyez vous-même, aucun changement ».

Ménagère, elle fustige la gestion du bac à ordures disposé juste devant sa cour. « Non seulement la mairie n’enlève pas régulièrement les ordures, mais il y a aussi une femme qui les ramasse dans les ménages et vient déverser tout autour du bac », relate cette femme toute désemparée. Elle explique que malgré les différentes protestations des résidents, la ramasseuse d’ordures fait la sourde oreille et continue à déverser les ordures hors du bac quitte à venir les brûler nuitamment en plein cœur de la cité. Selon Zénabo Bancé, le nuage de fumée qui enveloppe l’atmosphère à ces occasions indispose « sérieusement » les habitants du quartier, pouvant aller jusqu’à provoquer des troubles respiratoires chez des personnes notamment asthmatiques.

Ces déchets qui font l’affaire de certains

Vendredi 1er avril 2022, nous nous rendons au secteur 05 de Dédougou, précisément sur le site où est disposé le bac à ordures, à cheval entre le lycée provincial et la direction régionale de la santé de la Boucle du Mouhoun. On croirait avoir à faire à un vaste dépotoir où tous les déchets de la ville sont convoyés. « Ce bac à ordures n’est jamais vidé. Je viens fouiller dans les ordures à la recherche de fer ou de caoutchouc à vendre, comme je n’ai pas de travail. Parfois, je gagne 1000 ou 500 f CFA par jour. Ça vaut mieux que d’aller voler et ça me permet de me dépanner souvent. Tous les jours, je fais la ronde des poubelles de la ville à la recherche de ces matériaux », lance un homme trouvé sur les lieux en train de fouiller un tas d’ordures que quelqu’un venait à peine de déverser. A la tentative de lui arracher quelques prises de vue, il oppose un refus catégorique. « Je ne veux pas apparaitre dans ton journal comme un fou », se défend-il. 

Bac à ordures installé à la cité des forces vives de Dédougou au secteur 2

Sur ces entrefaites, arrive une vieille femme transportant sur son vélo un sac d’ordures. Elle aussi décline la demande de lui faire des clichés. « Je ramasse les ordures dans les ménages et en contrepartie, ils me payent à la fin du mois. C’est cette activité qui me nourrit», confie la sexagénaire.

L’homme en haillons saute dans le bac et se saisit du sac de la vieille femme. Le contenu est vite vidé dans le bac à ordures noirci par des flammes. Troué de part et d’autre, le bac est dans un état de dégradation avancée.

« Comme la mairie ne vient pas enlever les ordures qui s’entassent, les populations riveraines brûlent ça à l’intérieur du bac. La mairie est contre cette manière de faire, mais nous n’avons pas le choix si les ordures doivent rester ici », explique la vieille en guise de réponse à la question de savoir comment se fait-il que des traces de feu soient perceptibles sur le bac à ordures.

Dans la ville de Dédougou, surtout là où des bacs à ordures sont disposés, les populations décrient la gestion. Et le responsable de la situation est rapidement désigné. « C’est la municipalité qui ne fait pas son travail », soutient Édith Somda avant de nuancer : « la responsabilité est partagée, mais je me dis que si les populations utilisent mal les bacs à ordures, c’est parce qu’il n’y a pas de sensibilisation en la matière à leur endroit ».

La mairie se dit à moitié responsable

La légitimité des plaintes des populations en lien avec la gestion des bacs à ordures est la chose la mieux partagée si l’on en croit les témoignages de la mairie de Dédougou. Toutefois, elle n’entend pas porter à elle seule l’entière responsabilité de la situation. La municipalité pointe du doigt ce qu’elle considère comme la mauvaise utilisation desdits bacs. En effet, certains usagers se permettent d’abandonner les ordures hors des bacs, dit le responsable des marchés de la mairie de Dédougou, Hubert Zongo. Selon lui, cette attitude qui frise l’incivisme contribue à tirer vers le bas les efforts de la mairie en termes d’assainissement.

Et parlant d’hygiène et d’assainissement, c’est en 2019 que la commune de Dédougou a acquis pour la première fois environ une dizaine de bacs à ordures transportables à camion, dans le cadre du Programme d’appui aux collectivités territoriales (PACT). Mais ce dernier moyen pourtant indispensable au bon fonctionnement du mécanisme de gestion des déchets fait défaut. « Comme l’acquisition des bacs à ordures n’a pas été faite sur fonds propre de la mairie, nous n’avons pas pu obtenir du programme un véhicule qui devrait faciliter l’enlèvement des ordures », a expliqué Hubert Zongo avant d’ajouter que le partenariat entre le projet Tuuma et la commune de Dédougou a permis de livrer à cette dernière une vingtaine de bacs à ordures en 2021.

Hubert Zongo de la mairie de Dédougou

L’absence d’engins de locomotion a poussé la mairie à faire recours à un prestataire privé. Lié à la commune par un contrat, ce dernier a l’obligation d’enlever régulièrement les ordures des différents bacs disposés dans la cité sous le contrôle du service d’hygiène de la mairie.

Le contrat étant annuel, il est à déplorer que pour l’année 2022, ledit contrat n’est toujours pas reconduit, a révélé celui qui s’occupe des marchés à la mairie. La situation sociopolitique nationale qui a engendré la dissolution des collectivités territoriales est brandie par Hubert Zongo pour justifier le retard dans la reconduction du contrat avec le prestataire.

En attendant une éventuelle reprise en main de la situation, c’est un euphémisme que d’affirmer que l’absence de contrat entre la commune de Dédougou et son prestataire depuis le début de l’année 2022 est dommageable à bien des égards pour les populations riveraines à ces bacs à ordures. Et comme le souligne au passage Hubert Zongo, « il est des bacs où, même si le prestataire passait une fois par semaine, ça n’allait pas résoudre le problème ».

De toute façon, le désagrément causé aux populations par le non enlèvement des ordures de ces lieux pendant plus d’un trimestre est bien perceptible.

Sougrinoma Belem/Correspondant à Dédougou

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