Dédougou : La vie chère et l’insécurité pèsent sur le ramadan 2022

La vie chère et l’insécurité sont pour les musulmans de Dédougou, un goulot d’étranglement en cette période de jeûne du mois de ramadan. C’est du moins le constat qui se dégage des témoignages recueillis ce mercredi 13 avril 2022 auprès de quelques fidèles.

 La flambée du prix des produits de première nécessité et l’inaccessibilité de certaines zones de la région à cause de l’insécurité sont entre autres facteurs qui cristallisent des plaintes et des inquiétudes.

Yacouba Zerbo, menuisier au secteur 4 de Dédougou

« Avant que le carême n’arrive, nous étions déjà en carême parce que rien ne va. Le mil, le maïs, le sucre et le riz, tout est cher », fait remarquer Yacouba Zerbo, menuisier au secteur 4 de Dédougou. Il soutient que c’est la première fois qu’il fait face à une telle cherté de la vie pendant le mois de ramadan musulman. Ce menuisier martèle qu’au marché, « presque le prix de tous les produits de base a augmenté et gagner de l’argent pour en acheter est un véritable problème parce qu’il n’y a pas de travail ».

Embouchant la même trompette, le grand imam de Dédougou, Famata Almamy Traoré est d’avis que le carême musulman de l’année 2022 est difficile. Selon ce guide religieux, « le contexte sécuritaire dans la Boucle du Mouhoun et la cherté des produits dont les musulmans ont le plus besoin en cette période expliquent en partie cette difficulté ». A l’en croire, le jeûne du mois de ramadan qui coïncide cette année avec une période très chaude de l’année est aussi une paire de manche pour les musulmans.

La situation sécuritaire au Burkina Faso a contraint de nombreuses populations à trouver refuge dans la cité de Bankuy. Pour le chef religieux, « cette situation inquiétante est péniblement vécue par les musulmans qui sont appelés dans ce mois de ramadan à faire plus de partages avec leurs prochains et le cas échéant avec les personnes déplacées alors qu’ils n’ont presque rien ».

Amidou Guiro, mécanicien et commerçant de pièces détachées

Tout comme l’imam, Amidou Guiro, mécanicien et commerçant de pièces détachées, s’inquiète de l’évolution de la situation du marché de certains produits de base à Dédougou depuis le début du jeûne. En effet, il semble impossible pour ce fidèle musulman d’obtenir le nécessaire dont il a besoin pour accomplir son devoir religieux. « Les années antérieures, avec 5 000 F, je pouvais me débrouiller quelques jours. Mais cette année, ce n’est pas possible. Tout est cher. Le paquet de sucre est passé de 750 à 1000 F. N’en parlons pas du riz et du maïs alors que rien ne marche ni chez les travailleurs ni chez les commerçants encore moins chez les citoyens ordinaires », affirme-t-il.

La crise sécuritaire rajoute à la peine des musulmans de Dédougou déjà préoccupante en cette période. « Il est aujourd’hui impossible de s’aventurer en brousse à la recherche de fruits sauvages comme par exemple le tamarin pourtant indispensable dans cette période », déclare-t-il.  

Aux dires de ce mécanicien, la surenchère continue du coût de la vie constatée, en ce moment de carême pourrait se justifier par le fait que les populations de certaines localités rurales sont interdites par des groupes armés de convoyer des produits agricoles vers les zones urbaines. « J’ai un ami dans un village situé à une vingtaine de kilomètres de Dédougou. D’habitude, c’est lui qui me livre le petit mil à l’approche du carême. Cette année, il m’a demandé de venir chercher parce qu’il lui est interdit de sortir avec le mil. J’ai cherché à savoir qui le lui interdisait.  Il ne m’a pas répondu », relate-t-il.

Gérante de boutique Orange Money à Dédougou, Alimata Diarra dit craindre pour l’avenir

Gérante de boutique Orange Money à Dédougou, Alimata Diarra dit craindre pour l’avenir. « Nous ne savons pas si nous allons pouvoir vivre si les choses continuent ainsi », lâche-t-elle. « On payait la boîte de petit mil à 300 F, mais actuellement la boîte coûte 700 F », déplore cette gérante avant de conclure qu’elle est dans l’impossibilité de s’offrir le minimum nécessaire pour accomplir normalement son carême.

Tous souhaitent que les autorités se penchent sur la lutte contre la vie chère en vue d’assurer le minimum vital aux populations tenaillées par plusieurs préoccupations dont la plus saillante est l’insécurité.

Sougrinonma Belem/Correspondant à Dédougou

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