Commune de Bobo: où est donc l’argent du sable?

Bobo-Dioulasso est encore en pleine construction et ces derniers temps, les bâtiments poussent partout dans la ville. La plupart de ces constructions étant en parpaing, l’on s’imagine aisément que l’activité consistant à mettre cet agrégat à la disposition des promoteurs immobiliers est fort rentable. Zoom sur un secteur qui pourrait énormément aider à développer la commune. Mais, malheureusement les autorités semblent ne pas du tout s’intéresser au recouvrement de la patente sur le sable.

Ardjouma Sanou est creuseur de sable; il dit pouvoir gagner chaque jour 6 000 à 12 000 F CFA

En rentrant de la capitale Ouagadougou, à environ 8 kilomètres à l’entrée est de la ville , juste au niveau du poste de police, à droite, se trouve sur une colline la principale carrière de sable de Sya. Une gigantesque caverne à ciel ouvert où se démènent des centaines de personnes, principalement des jeunes, ruraux pour la plupart (ressortissants des villages environnants), à la recherche de leur pain quotidien.

Ils se répartissent en différentes catégories: d’abord ceux qui représentent les propriétaires terriens; ensuite les creuseurs, puis les remplisseurs des camion bennes.


Activité assez lucrative

L’on dirait que le ramassage et la vente de sable est une activité du secteur informel. Cependant, c’est une activité qui, quoique méprisée, participe énormément à réduire le chômage des jeunes. Nombreuses familles y puisent leur pitance.

Les creuseurs constituent le maillon le plus essentiel de l’activité. Ce sont eux aussi qui prennent le risque d’entrer dans les parois de la colline pour écraser la roche afin de la mettre à la disposition des acheteurs de sable.

Ardjouma Sanou est un jeune creuseur. Il confie bien gagner sa vie à travers son travail. Il dit pouvoir gagner sur chaque chargement 6 000 à 12 000 F CFA, en fonction de la taille du camion à remplir. Or il se trouve que certains creuseurs arrivent à offrir jusqu’à trois chargements par jour.

Le jeune homme se satisfait de son travail, puisque, dit-il, en plus de pouvoir subvenir aux besoins de leur famille, les jeunes qui travaillent à la carrière arrivent aussi à s’offrir le luxe de s’acheter même des motos.
Ardjouma est toutefois réaliste.  »Ce n’est pas un travail où on peut durer. il y a trop de fatigue et les risques d’accidents musculaires sont très élevés », reconnait-il.

D’ailleurs, l’on n’oubliera pas de sitôt l’écoulement de sable qui a tué deux jeunes dans cette carrière, rien que l’an passé. Les remplisseurs, eux sont les ouvriers de la pelle. Chaque matin, de bonheur, ils se retrouvent et se constituent en équipe, quatre personnes en général. Pour avoir chargé un camion à six roues, chaque membre du quatuor encaisse la somme de 1 300 F CFA, ou 2 000 F CFA pour un camion à dix roues.


Le payement des taxes: un dilemme

L’activité de vente de sable est une source de revenus assez consistante pour les acteurs. Ce ne sont pas les propriétaires de camion et leurs chauffeurs qui en diront le contraire; eux qui, pour un voyage, en fonction également de la distance à parcourir et de la capacité du camion, peuvent engranger jusqu’entre 27 500 et 55 000 F CFA à chacun de leur déchargement.

Ceux qui donnent leurs terres à exploiter, ce sont les plus heureux; ceux-ci encaissent la somme de 3 000 à 4 000 F CFA à chaque sortie de camion.
Les rétombées de la carrière de sable sont sensibles, jusqu’à l’assiette fiscale communale, à travers notamment le payement de la patente.
C’était du moins le cas jusqu’en 2015. Sauf que depuis cette date, selon une source, un agent, la commune n’a plus perçu aucune patente et ce jusqu’aujourd’hui.

Selon toujours l’agent de la commune, les difficultés de perception de la patente sur le sable sont dues au refus imposé par les propriétaires des camions bennes. Ceux-ci trouvent très cher le montant de cette taxe qui était de 100 000 F CFA et 200 000 F CFA par camion et par an, selon que la la capacité de la benne soit de 14 m3 ou au-delà. Ils exigent que la patente soit désormais fixée entre 500 F CFA et 1000 F CFA ou 1 500 F CFA par chargement et selon la capacité de la benne. Même là, l’autorité peine toujours à encaisser la patente.

Wourodini Sanou

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