Campagne agricole 2021 dans le Houet : Les producteurs craignent une saison calamiteuse

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La campagne agricole 2021 est en cours dans la province du Houet comme partout ailleurs dans le pays. Ainsi en ce mois d’août, avons-nous décidé de prendre le pool de la campagne au regard d’un certain nombre de facteurs inhabituels à la présente période de production agricole au Burkina Faso. Entre installation tardive des pluies et hausse fulgurante des prix des intrants agricoles, certains producteurs craignent une saison catastrophique pouvant conduire à une disette.

Au Burkina Faso, saison hivernale rime avec campagne agricole. Pour certains producteurs, les années se suivaient et se ressemblaient car le ciel tenait toujours promesse du délai de l’installation des pluies. Mais depuis maintenant quelques années, plus rien n’est normale et maitrisé en matière de pluviométrie dans le pays. Et comme si cela ne suffisait, la saison 2021 s’est présentée aux paysans avec des difficultés de divers ordres. Sur les traces de ces difficultés dans la province du Houet, plusieurs producteurs agricoles sont embarrassés entre le retard de leurs semis et la hausse des prix des intrants agricoles.

Ali Ouattara, un producteur modèle qui entend surmonter les difficultés de la saison

Basé à Farako-Bâ, Ali Ouattara est un jeune producteur agricole modèle. Exploitant 17 hectares répartis sur plusieurs sites dans le Houet, il produit plusieurs spéculations notamment le maïs, le riz, le niébé et l’arachide.

Cette campagne 2021 est pour lui une nouvelle expérience à vivre depuis le début de son activité agricole en 2014.

Mais rien de tout ça n’entame la détermination de l’homme. « C’est vrai que nous vivons une campagne assez particulière mais moi j’ai essayé de m’adapter à la situation et si aucun autre incident n’intervient, je suis convaincu que mes récoltes seront bonnes comme d’habitude. La plus grosse difficulté de cette campagne est l’installation tardive des pluies et pour cela, on a eu un mois de retard sur la campagne. Ma formation en production agricole m’a préparé à faire face à ces genres d’aléas en ces périodes de changement climatique » est-il rassuré.

En plus de cette difficulté qu’il tente de surmonter, il y a un autre problème auquel, il doit faire face. Celui de l’augmentation vertigineuse des prix des intrants. « L’augmentation fulgurante des prix des intrants ne va pas manquer d’impacter cette campagne. Avec cette situation, on n’a aussi pas encore reçu l’engrais subventionné que l’Etat a l’habitude de nous servir à chaque campagne. Le recensement a été fait mais jusque-là, on n’a encore rien reçu. Cet engrais n’est pas suffisant mais il nous aurait soulagés car on nous le livre au prix subventionné de 12000FCFA le sac de 50 kg. Mais on ne l’a pas encore puisqu’avec l’installation tardive des pluies, on ne doit pas tarder avec l’application de l’engrais. On craint vraiment que ces difficultés n’impactent sérieusement cette campagne agricole 2021 », inquiétude exprimée par le jeune producteur agricole de Farako-Bâ, Ali Ouattara qui n’a pu augmenter de superficie d’exploitation comme il l’avait prévu et ce, à cause des difficultés de la saison.

Ali Ouattara, producteur à Farakô-bâ

Karim Bihoun a réduit de 3 hectares son exploitation habituelle à cause des difficultés de la campagne

Karim Bihoun est un autre jeune producteur agricole basé dans le village de Diarradougou dans la commune de Bama. D’une superficie de 11 hectares d’exploitation agricole l’année dernière, il est à 8 hectares cette année. A la raison de savoir pourquoi, il embouche la même trompette qu’Ali Ouattara en évoquant le retard des pluies et la hausse des prix des intrants.

« Je suis cultivateur ici à Diarradougou il y a plusieurs années mais je n’ai jamais vu une campagne comme celle-là. Une campagne où il y a plusieurs difficultés à supporter. On a d’une part le retard des pluies et d’autre part l’augmentation des prix des intrants de près de 50% pour certains produits notamment l’engrais (l’urée) qui est passé de 14 000FCFA à 21 000FCFA sur le marché. Cette situation m’a poussé à passer de 11 hectares d’exploitation l’année dernière à 8 hectares cette année. Le problème est que l’installation tardive des pluies nous a poussé à arrêter très tôt les semis pour ne pas que la pluie abandonne certains de nos champs avant la récolte. Il y a aussi que l’engrais subventionné n’a jamais suffi nos superficies alors que l’argent qu’on avait prévu pour compléter les intrants pour nos champs n’a pas pu nous permettre de nous procurer d’assez de produits » a déploré Karim Bihoun qui par ailleurs signale le fait que les intrants subventionnés en plus d’être insuffisants ne bénéficient pas à tous les paysans.

Souhaite-t-il donc que l’Etat fasse des efforts et prenne des précautions pour que les producteurs agricoles ne connaissent pas une campagne catastrophique qui pourrait créer une disette pendant la période de soudure. Et pour lui, une pareille situation serait une difficulté de plus aux maux que connait déjà le pays.

Ousmane Sanou craint une des pires campagnes agricoles

Exploitant une superficie d’environ 3 hectares repartie entre maïs, niébé et arachide à Bana, village rattaché à la ville de Bobo, Ousmane Sanou est sceptique quant à la réussite des récoltes cette année. Pour lui, avec ce faux départ de la saison doublé de la hausse inimaginable des prix des intrants, cette campagne agricole n’augure rien de bon.

« Si Dieu ne nous aide pas cette année, on risque de vivre une des pires campagnes agricoles dans notre pays. La pluie n’est plus régulière mais pour cette année-là, c’est du jamais vu. Moi, j’ai semé deux (02) fois car après mes premiers semis, la pluie n’est pas venue pendant un bon bout de temps. Pour ce faire, nous sommes très en retard. Et à cela vient s’ajouter le problème des intrants qui ont connu une hausse jamais observée depuis que je pratique l’agriculture. Voyez-vous le champ de mon voisin, il a décidé de ne pas utiliser d’intrants car avec cette augmentation, il dit ne pas pouvoir supporter les coûts. Imaginez un peu ce qu’un pareil champ pourrait donner comme récolte. A vrai dire, cette année est une année de galère pour le monde paysan et nous craignons le pire à la fin de la saison », a-t-il partagé avec nous ses inquiétudes.

Faisant ainsi le tour des producteurs dans quelques zones de la province du Houet, le constat est le même avec des producteurs qui ne sont pas trop rassurés de faire de bonnes récoltes cette campagne agricole 2021. Ils partagent tous la même inquiétude et craignent surtout une disette à la fin de la saison.

« Cette année-là, on n’est pas sûr de pouvoir avoir des céréales à vendre. Alors que si les céréales manquent sur le marché, ça peut entrainer une flambée des prix et ça risque de créer la famine. Et si la famine s’additionne aux problèmes déjà existants dans notre pays, ce n’est pas sûr qu’on puisse s’en sortir car ventre creux n’a point d’oreille » s’inquiète Karim Bihoun dont la pensée est partagée par tous ceux à qui nous avons rendu visite pour constater l’évolution de la campagne.

Pourquoi cette hausse fulgurante des prix des intrants ?

Au sujet de la hausse des prix des intrants, la plupart des producteurs agricoles disent ignorer la cause. « Jusqu’à l’heure où je vous parle, nous ne savons pas pourquoi les prix ont autant grimpé. Que le gouvernement communique là-dessus ou essaie de mettre de l’ordre dans le commerce de ces produits. Qu’on nous dise ce qui se passe sinon on craint même que les prix connaissent encore une augmentation », s’est prononcé Karim Bihoun sur la hausse des prix des intrants.

En dépt des difficultés, des champs présentent une bonne physionomie

Interrogés, les vendeurs d’intrants que nous avons approchés n’ont pas pour la plupart souhaité s’expliquer explicitement sur la question. Les quelques-uns qui ont accepté nous donné des explications sur la flambée des prix des intrants agricoles l’ont fait hors micro.

Pour une vendeuse d’engrais anonyme comme elle l’a souhaité, la hausse des prix s’explique par la maladie à coronavirus qui a engendré la fermeture des frontières et surtout des industries dans les pays d’où viennent les produits et souvent la matière première. « Au niveau national, il n’y a pratiquement pas eu de production d’engrais cette année. Après avoir vendu le peu de stock que nos sociétés avaient, les prix ont grimpé car il nous fallait maintenant commander de l’étranger d’où les prix ont connu une hausse. Et lorsqu’on associe cela au transport un peu plus élevé et autres frais, les prix ne peuvent que grimper de la sorte. Et même avec ça, l’engrais risque de manquer » nous a confié un vendeur d’intrants qui est aussi producteur agricole. « Les prix des containers qu’on loue souvent pour transporter nos produits ont presque doublé. Il faut donc élever souvent les prix pour pouvoir se faire un peu de bénéfice sinon ce n’est pas la faute aux commerçants que nous sommes » se défend un autre commerçant de ces produits.

Visiblement la campagne agricole 2021 est une campagne aux grands enjeux avec ce lot de personnes déplacées internes à nourrir. Et pourtant cette saison semble ne pas être trop rassurante pour relever ce défi si l’on s’en tient en tout cas au constat fait dans le Houet.

Abdoulaye Tiénon/Ouest-info.net

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