Bobo-Dioulasso: “Par manque d’emplois”, des déplacés internes s’adonnent à la mendicité

Le phénomène de la mendicité prend de plus en plus d’ampleur dans les grandes villes du Burkina notamment Bobo-Dioulasso. Dans la capitale économique, les principaux carrefours ou les pieds des feux tricolores sont inondés par des mendiants.

Aujourd’hui, il n’est pas rare de constater dans plusieurs intersections, devant les services, les lieux de regroupement ou aux pieds des feux tricolores de la cité de Sya, des mendiants munis de boîtes de tomate, accostent les usagers de la route en vue de leur soutirer des pièces de monnaie.

Cette pratique pour eux, se justifie par la volonté de garantir leur pain quotidien. En plus des mendiants ordinaires appelés talibés, il y a d’autres qui sont souvent accompagnés de leurs mères pour le cas des jumeaux.

Plusieurs raisons expliquent l’augmentation du phénomène dans la ville de Bobo-Dioulasso.

Pour cette maman de jumeaux qui s’adonne à la mendicité, elle est postée au pied du feu tricolore  au niveau du pont d’Accartville.

Elle indique avoir fui sa localité pour des raisons de sécurité. « Nous avons quitté chez nous il y a deux mois environ à cause du terrorisme. Quand je suis arrivée en ville, j’ai tenté de trouver du travail pour subvenir aux besoins de mes enfants, mais personnes ne voulait me recruter parce que mes enfants constituent déjà une charge pour moi, car en plus des jumeaux j’ai un garçon et une fille qui sont un peu plus âgés que les jumeaux. C’est alors que j’ai commencé à mendier afin de pouvoir les trouver de quoi manger » se justifie-t-elle. C’est selon elle, grâce à ce qu’elle gagne qu’elle arrive à nourrir ses enfants.

Positionnée au niveau de la place de la nation, cette autre maman de petits enfants qui mendie, explique sa présence en ces lieux par  la cherté de la vie qui l’a contraint à quémander afin de pouvoir nourrir ses enfants. « Je suis veuve depuis maintenant 3 ans et je suis mère de 3 enfants. J’étais commerçante dans un petit marché de Bobo-Dioulasso. Les choses ont commencé avec l’avènement du coronavirus où tout était devenu dur. N’ayant pas reçu de soutien, j’ai sombré dans cette activité. N’ayant d’autre solution, je suis obligée d’approcher les bonnes volontés pour pouvoir nourrir mes enfants » a-t-elle expliqué ce qui lui a mis dans la mendicité.

Elle espère pouvoir reprendre un jour son commerce et nourrir dignement sa famille, car elle dit être consciente que c’est honteux pour quelqu’un qui vivait de la sueur de son front de se retrouver dans la rue en train de mendier.

Certaines personnes justifient la mendicité chez les mamans des jumeaux comme une tradition. Il s’agit d’un rite qui consiste pour la maman à se promener pour présenter les jumeaux à la communauté, sur une place publique, au marché et faire une quête symbolique. Ce qui n’a rien à voir avec les conditions de vie difficiles comme certains le prétendent.

Aussi, certaines personnes se servent de cette culture pour réunir des enfants d’à peu près le même âge, dans le but de les utiliser comme des jumeaux et pouvoir faire de la mendicité.

Quant aux talibés, ils sont le plus souvent laissés à eux-mêmes dans la journée. Cela se justifie le plus souvent par la question religieuse.

En groupe ou parfois seul, ces mendiants parcourent plusieurs kilomètres dans la journée pour pouvoir assurer leur ration journalière.

Ils vivent dans des conditions pénibles et sont exposés à toutes sortes de risques notamment les enlèvements. Dans les restaurants, ils sont le plus souvent postés à l’entrée ou à l’intérieur où ils faufilent parmi les clients dans le but de bénéficier des restes de nourritures.

Pour certains, c’est une obligation de ramener un certain montant au maître coranique, faute de quoi, ils seront sanctionnés. A cet effet, ils sont prêts à tout pour satisfaire l’exigence du maître coranique qui les tient.

Après un constat dans la ville de Bobo-Dioulasso, on remarque que le phénomène de la mendicité prend de l’ampleur à telle enseigne qu’on pourrait se demander si c’est un phénomène socioculturel ou un phénomène lié à la précarité de vie de certaines populations.

Lassina Diarra/Ouest-info.net

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