Annulation des activités grand public: grincements de dents du côté des organisateurs du double concert de Tiken Djah

Le double concert de l’artiste ivoirien, Tiken Djah Fakoly, initialement prévu les 13 et 14 mars 2020 respectivement à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso est annulé. Ainsi en a décidé les organisateurs et cela suite à la décision du gouvernement burkinabè de suspendre toutes les manifestations grand public et ce, jusqu’en fin avril 2020. Respect de la décision de l’autorité certes, mais du côté des organisateurs, c’est la désolation.

Diakité Kaba Alexandre est membre du comité d’organisation de ce grand concert à Bobo dont l’un des objectifs est de collecter des fonds pour soutenir la construction d’un centre communal de dialyse dans la capitale économique du Burkina Faso.

Pour cette décision du gouvernement tombée à 48 heures de l’évènement, l’homme a du mal à l’accepter même s’il se dit conscient que la loi est faite pour être respectée. « Le Burkina Faso est un pays culturel. La culture emploie énormément de personnes et fait vivre des familles. Avant de prendre une telle décision, il faut d’abord bien analyser la situation. Le mois de mars-avril, c’est la période des évènements culturels au Burkina Faso. Du coup, de grands évènements comme la SNC et le double concert de Tiken Djah qui devrait servir à construire un centre de dialyse sont annulés » explique-t-il.

Pour lui, cette décision du gouvernement est un peu brusque, rapide et pas bien analysée dans le fond car il aurait pu dit-il, prendre des mesures préventives plutôt que restrictives : « Le gouvernement qui n’accompagne d’ailleurs pas les entreprises culturelles devrait songer à faire la part des choses en trouvant des mesures à mêmes de réduire la propagation de la maladie. A mon sens, il n’avait pas vraiment besoin d’une mesure comme celle-ci pour le moment. Nous avons tous peur de la maladie mais des décisions aussi drastiques pour seulement deux (02) cas identifiés dans le pays, je pense que c’est trop brusque comme décision».

Une grosse perte….

Le report ou l’annulation de ce double concert de Tiken Djah, constitue une grosse perte pour les organisateurs au regard des dépenses déjà engagées. « C’est vraiment une énorme perte parce qu’un double concert de Tiken Djah, pour l’organiser, ça demande de gros moyens. Rien que pour les affiches, on est à 1,5 millions. Ça, c’est sans compter les supports qu’on a mis sur les affiches pour pouvoir les mettre dans les coins de rue de même que les panneaux qu’on a payé pour pouvoir mettre les affiches. Des spots télés et radios ont été montés et diffusés depuis plusieurs jours. Les billets aller-retour de 19 membres du staff de Tiken Djah, la sono déjà mobilisée depuis le Mali, etc. Vraiment, beaucoup d’argent avait été mis en jeu. Malheureusement aujourd’hui, l’Etat fait ce communiqué qui nous oblige a tout arrêté. Du coup, personne ne va dédommager quoique ce soit. Aucun mécanisme n’a été mis en place pour le moment pour soutenir les promoteurs culturels face à cette situation. Les pertes sont énormes et aucune alternative pour essayer de rattraper ou du moins, réduire un temps soit peu, toutes ces pertes » a-t-il laissé entendre.

Ce sont environ, 15 millions de franc CFA que les organisateurs disent avoir déjà dépensés dans le cadre de l’organisation de ce double-concert.

Le secteur culturel, « principale victime de la situation que vit le pays depuis 5 ans »

Cette nième situation selon Alexandre Diakité, vient confirmer à souhait que le secteur de la culture est la principale victime de la situation que vit le pays des hommes intègres depuis maintenant 5 ans.

« Les promoteurs culturels, depuis 5 ans, sont toujours les premières victimes de ce qui se passe dans le pays parce que c’est le secteur le plus durement touché. A chaque fois qu’il y a attaque terroriste, le premier secteur touché, c’est la culture. Et c’est ainsi depuis la première attaque terroriste en 2016 car chaque fois qu’il y a attaque, il y a deuil national qui est décrété et tout ce qui est activité culturelle est automatiquement annulée » a-t-regretté avant d’ajouter que : « quand une activité est reportée, même si vous la reprogrammez à nouveau, elle ne peut en aucun cas, avoir le même succès. Les entreprises culturelles souffrent énormément depuis 5 ans. Elles n’ont pas de subvention de l’Etat et quasiment pas de sponsor. Elles se débrouillent et quand il y a une situation, elles payent le plus lourd tribut ».

Le gouvernement est appelé à revoir sa position.

Interdire les concerts et autres manifestations de nature à rassembler du public jusqu’en fin avril, c’est dire aux promoteurs culturels selon lui, « de faire pratiquement un mois et demi sans travailler ».

Pour lui, le gouvernement gagnerait à revoir sa décision : « Il faut que le gouvernement revoit cette décision parce que c’est priver un secteur très capital pour le développement du Burkina de toute activité pendant un mois et demi. Le secteur culturel, ça nourrit des familles, ça emploie des gens, ça fait voyager des gens ; ça attire des gens au Burkina ; ça contribue au PIB. Je ne peux pas comprendre qu’on puisse négliger ce secteur parce qu’on le voit simplement comme un secteur de divertissement sans voir son impact socio-économique sur l’ensemble du pays. C’est vraiment dommage ».

Il faut que ça cesse sinon prévient-il, les entreprises culturelles seront obligées de mettre la clé sous le paillasson.

En attendant, les organisateurs du concert du côté de Bobo-Dioulasso, procède au remboursement des prix des tickets déjà vendus, foi d’Alexandre Diakité.

Jack Koné

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