Accès à l’eau potable à Timplagnon : Près de 10 km pour boire dans le même marigot que les animaux

Boire de l’eau, mieux, se laver relève d’un parcours du combattant à Timplagnon. Dans cette localité située dans la commune de Toussiana dans la région des Hauts-Bassins, habitants et animaux domestiques parcourent entre 7 et 10 km pour se partager l’eau du marigot. Au pic de la saison sèche, cette seule source d’eau à leur portée tarit en grande partie. Reste alors un fond boueux dans lequel baignent des détritus de tous genres. Ce qui n’empêche pas hommes et bêtes de continuer à venir y chercher de l’eau.

Alimatou Traoré revient d’une corvée de plus de 20 km

Ce dimanche-là, le soleil, presqu’au zénith, fait suffoquer. A l’entrée du hameau de culture de Timplagnon, une femme avance à la démarche chancelante de fatigue. Une perle de sueur parcourt sa joue. Elle s’appelle Alimatou Traoré. La cinquantaine bien sonnée, elle suit une charrette tractée par un âne. Un garçonnet, d’environ 12 ans, tient les rênes de l’animal. Une dizaine de bidons (de 20 litres chacun) remplis d’eau est disposée dans la charrette. C’est le fruit d’une corvée d’environ 20 km parcourus en aller-retour. Alimatou Traoré est tout simplement de retour du marigot qui représente le ‘’château d’eau potable’’, non, le ‘’château d’eau de survie’’ des trois mille (3 000) âmes de Timplagnon.  

Un peu plus loin, une jeune fille d’environ 15 ans transporte sur un vélo deux bidons pleins du précieux liquide. En réalité, le hameau de culture manque d’un point d’eau potable à proximité. Parcourir une longue distance pour avoir un ou plusieurs bidons d’eau est l’exercice quotidien des femmes de Timplagnon.

« Moi-même, à force de porter l’eau, je n’ai plus de cheveux sur le dessus de la tête »

Assise derrière une concession au milieu d’autres femmes, Awa Koné, une sexagénaire raconte le calvaire qu’elle et ses congénères vivent en matière d’accès à l’eau potable. Pour elle, cette situation ne date pas d’hier : « Nous sommes nées trouver le problème d’eau à Timplagnon. Moi-même, à force de porter l’eau, je n’ai plus de cheveux sur le dessus de la tête. » A la pénibilité de la corvée d’eau, s’ajoute celle de fréquentes disputes dans les couples. « Quand c’est la période des travaux champêtres, le temps de faire deux tours au marigot avant de préparer, il est déjà midi passé. Et une fois au champ, les hommes estiment que tu as mis trop de temps. Ils s’énervent et refusent souvent de manger ce qu’on leur a préparé. », raconte Awa Koné.   

Adama Ouattara fait office de président du comité villageois de développement (CVD) de Timplagnon. Il embouche la même trompette que Awa Koné avant de relever une préoccupation supplémentaire. « En période d’hivernage, le sentier qui mène au point d’eau devient impraticable. On est obligé de creuser des trous derrière nos concessions pour retenir l’eau de pluie que nous décantons pour boire. » raconte-t-il d’un ton calme qui camoufle mal son désarroi. Selon lui, des puits ont été creusés, mais ils ont, systématiquement et irréversiblement, tari. Par ailleurs, il y aurait un forage dans l’école du hameau.Celui-ci fonctionnerait à l’aide de plaques solaires de faible capacité. Il satisferait, à peine, les besoins des élèves.

Sur la route du marigot de la survie

Cette corvée est l’exercice quotidien des femmes de Timplagnon

Curiosité oblige, nous voilà sur la route du marigot de la survie des habitants de Timplagnon. Direction Nord-Ouest du hameau de culture sur un sentier tortueux à moto. Une vingtaine de minutes de périple plus tard, des voix se font entendre. Quatre femmes, les pieds trempés dans un cours d’eau, remplissent des bidons de 20 litres. A notre bonjour, les dames prennent le soin de répondre avant de continuer leur conversation. Seraient-elles en train de puiser l’eau pour arroser leurs jardins maraîchers dans les environs ? Nous demandons-nous. Nous nous approchons pour nous renseigner sur la route qui mène au marigot des habitants de Timplagnon.

Mais à notre surprise, une des dames prélève l’eau du creux de sa main droite pour la faire boire à son fils d’environ un (01) an. Choqué, nous l’interpellons sèchement : « Madame, qu’est-ce que tu fais comme ça ? C’est cette eau sale que tu donnes à l’enfant ? ». « Cette eau, nous la buvons tous ici », réplique-t-elle avec un sourire. Nous n’en croyons pas nos oreilles. Et comme pour confirmer ses dires, elle se sert du couvercle de son bidon pour boire elle aussi. De plus près, nous scrutons attentivement l’eau. Au premier abord, il est difficile de l’imaginer dans un verre à boire. Dans la retenue d’eau qui est sur le point de tarir, des larves pullulent et des feuilles mortes flottent. Des noyaux de fruits pourris tapissent le fond. Par endroit, on aperçoit des mousses sur fond d’une boue noirâtre. Malgré l’odeur infecte de l’eau, nous y goûtons à petites gorgées. Son goût âcre nous fait vivre en quelques secondes l’expérience quotidienne des habitants de Timplagnon.

« L’eau potable est un luxe chez nous à Timplagnon »

Ce geste d’imitation nous rapproche davantage des femmes. Alors, elles s’ouvrent à nous. « On dit que l’eau c’est la vie. Mais l’eau que nous nous buvons à Timplagnon, c’est une eau pour la survie car elle est loin d’être potable. On nous dit toujours d’éviter de boire l’eau insalubre. Mais quel choix avons-nous ? Des fois, surtout quand le marigot commence à tarir comme à cette période de l’année, on vient puiser l’eau avec des vers. Mais souvent, nous n’avons pas le temps de la décanter tellement le besoin est pressant. Ce marigot est notre seul espoir en matière d’eau. C’est pour nous le marigot de la survie. Même les animaux s’y abreuvent. L’eau potable est un luxe chez nous à Timplagnon. », nous confie Marina Traoré. Elle et les autres affirment n’avoir, jusque-là, pas été malades du fait de la consommation de cette eau. De source sanitaire, le nombre de maladies diarrhéiques enregistrées dans la zone serait élevé. Cependant, leur lien avec la consommation de l’eau non-potable n’est pas établi.

Pour le moment, Marina Traoré, tout comme Awa Koné et Adama Ouattara, souhaite un jour voir la fin de cette corvée. Et pour cela, les yeux sont tournés vers la municipalité dont relève leur hameau de culture ou sur de bonnes volontés pour un forage ou des puits modernes intarissables.

Situé dans la commune de Toussiana, Timplagnon se trouve à environ 70 km de Bobo-Dioulasso dans la région des Hauts-Bassins. Cette région regorge d’un important potentiel hydrique. Le rapport 2019 du programme national d’approvisionnement en eau potable estime que 71,5% de sa population ont accès à l’eau potable. Pourtant, des localités comme Timplagnon restent encore sans eau potable.

A Timplagnon, hommes et animaux partagent cette eau

Par ailleurs, le dernier président élu Roch Marc Christian Kaboré, à son arrivée au pouvoir en 2015, promettait « zéro corvée d’eau au Burkina Faso en 2020 ». De plus, le point 6 des objectifs de développement durable (ODD) vise à rendre disponibles l’eau potable et l’assainissement pour tous à l’horizon 2030. Ce référentiel (ODD) établit cinq niveaux d’accès à l’eau potable notamment l’accès en toute sécurité, l’accès élémentaire, le niveau d’accès limité, le niveau d’accès non amélioré et l’absence totale de service d’accès à l’eau.

En attendant sur le chemin du retour vers Timplagnon, la charge des bidons pleins d’eau boueuse oblige Marina Traoré et ses congénères à marquer des pauses par moment. Pendant ce temps, des enfants, portés au dos de certaines, se plaignent des rayons du soleil en poussant des cris. La soif sera au rendez-vous. Certainement. L’eau ramenée servira à l’étancher. Il va donc falloir retourner au marigot.

Abdoulaye Tiénon/Ouest-info.net

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