Moscou, le nouveau courtisan de la fille ainée de l’humanité : L’AFRIQUE

Les lampions du premier sommet Russie-Afrique se sont éteints le vendredi 24 octobre à Sotchi, la célèbre ville balnéaire située à 1170 km au sud de Moscou. Un sommet de trop d’une Afrique au nombre de courtisans sans cesse croissant. On a déjà eu les sommets France-Afrique, États-Unis d’Amérique-Afrique, Japon-Afrique, Inde-Afrique Chine-Afrique, Turquie-Afrique. Pas d’effets extraordinaires ni de raisons valables qui donnent à saliver pour une nouvelle proximité avec un nouveau courtisan. « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts » résonne de plus vrai, lorsque tout un continent de 54 pays dans une démarche déconcertée est un invité de marque d’un seul, bardé de son statut influent.

Pour une première, c’est une belle réussite. Cette rencontre qui se tient à près de 10.000 km des limites de l’Afrique a regroupé plus de chefs d’état que le dernier sommet de l’union africaine à Niamey. Malgré l’ordre du jour historique du conclave panafricain de Niamey avec au cœur des discussions, la signature de l’accord de la Zone de libre Échange Continentale Africaine (ZLECAF), juste une trentaine ont répondu présent. Cette semaine à Sotchi, plus de 40 présidents africains était autour de Poutine. Bien évidemment, on a le droit de se poser la question si l’avenir du continent se joue ailleurs et mieux par d’autres acteurs que les africains eux-mêmes.

Moscou veut désormais se tailler une place de choix dans un espace sous influence traditionnelle des pays occidentaux.

L’Afrique, c’est un marché d’ 1,2 milliards de consommateurs. Aucune puissance ne veut rester en marge de l’opportunité d’affaire. D’autant plus qu’il y a une expression de besoin dans tous les domaines. Le niveau actuel d’échange entre le continent et le pays de Lénine est très faible, environ 20 milliards en 2018. Pendant que ses alter-ego comme la Chine est à 200 milliards, l’Union Européenne 275 milliards.

Si l’empire du milieu est dans un positionnement d’approvisionnement en matière première et de marché d’écoulement de ses biens de consommation, le retour du Grand Ours dans le berceau de l’humanité est principalement pour la belle opportunité de décrocher de juteux contrats militaires. C’est le domaine dans lequel, sans difficultés elle peut disputer le leadership avec les autres puissances étrangères déjà présentes.

L’environnement s’y prête. L’Afrique des rebellions de maquis est tenaillée aujourd’hui par une nouvelle épidémie plus hideuse ; les attaques terroristes. Ces attaques ont mis à nu la vulnérabilité des armées africaines. La coopération militaire avec les occidentaux n’est plus sous de bons auspices. Un climat de méfiance et défiance souffle dans l’air. La société civile de plus en plus forte demande la cessation des accords de défense avec l’Occident. Moscou avec sa réputation d’anti-occidentaux bénéficie d’un capital sympathie.

En outre, un potentiel protecteur contre toutes ingérences extérieures des alliés de l’OTAN dans un pays sous la justificative de démocratie à l’agonie ou de violation des droits de l’homme. Les épisodes ivoiriens et libyens sont frais dans l’esprit des dirigeants africains. C’est le bon moment pour la Russie de mettre en exergue le marketing réseau de ses offres en armements, de formations et renseignements militaires. Le continent ne représente que 13% de ses exportations de matériels militaires dans le monde.

Un préalable d’opération séduction a été effectué en amont. La Centrafrique a servi d’espace d’expérimentation de son retour. Elle y mène à succès la reconstruction de son armée depuis 2015. Le russe Valery Zakharov est couronné par le poste de conseiller en sécurité du président centrafricain Faustin Archange Touadera. En mars 2018, Serguei Lavrov, ministre russe des affaires étrangères visite l’Angola, la Namibie, le Mozambique, le Zimbabwe et l’Éthiopie.

Le renforcement de la coopération militaire et de sécurité constitue la chorégraphie principale de son ballet diplomatique dans ces palais présidentiels. Dans cette partie du continent, Moscou joue sur un terrain familier. Elle est intimement liée à l’histoire de décolonisation de ces États dans les années 60.

Le cocktail de Sotchi est une officialisation du retour. Une tribune de charme pour convaincre les plus sceptiques et réticents. En dehors de débouchés économiques pour ses industries d’armements et d’énergies, avoir des relations séculaires avec les états africains solidifient son influence géopolitique et stratégique dans le concert des nations unies. L’Afrique, c’est 1/4 des votants à l’ONU.

L’Afrique, toujours dans l’éternelle infantilisation. L’adulte qui préfère se faire biberonner tout en refusant malgré son âge de prendre ses responsabilités.

En Russie, c’était une nième course au clocher des dirigeants africains pour répondre à l’invitation d’une grande puissance du monde. L’an dernier, c’était à la Chine de les inviter, les écouter, les soumettre les conditions de son aide au développement. Nul n’est hostile dans ce contexte de mondialisation à un partenariat multiple avec d’autres États du monde. Le président du Faso, un fidèle des grands rendez-vous internationaux a d’ailleurs déclaré « on ne peut nous denier le droit de pouvoir diversifier nos partenaires (…) ce sont nos intérêts que nous suivons ».

Mais la multiplicité de partenaires ne veut pas dire forcement diversité. Qu’est-ce que la Russie propose de nouveau que les autres n’ont pas encore fait ? La réponse à cette question mènera vers une autre qui est de savoir l’impact palpable et palpitant des partenariats avec le reste du monde dans l’émergence du continent.

Le maître d’ouvrage de la construction du continent ne peut qu’être les africains eux-mêmes. L’Afrique d’aujourd’hui et demain sera l’œuvre des africains. Au micro de Radio France internationale à Sotchi , Jean Claude Gnakosso ministre des affaires étrangères du Congo-Brazaville soutient que « l’Afrique aspire ardemment au développement , elle saisit toutes les opportunités qui lui sont offertes dont celle-ci ».

Mais quel est l’agenda des Africains pour l’Afrique ? Car chaque puissance en a une. Aucune puissance ne fait de la charité internationale. L’agenda 2063 conceptualisé par l’union africaine, qui projette la vision de « l’Afrique que nous voulons » a du mal se réaliser sur le terrain. Les réticences de certains États comme le Nigeria à signer l’accord de la Zone de libre-échange continentale en sont une.

Pour la résolution des défis inhérents à son existence, les États africains s’accommodent plus à la coopération avec l’extérieures. Cette fuite de responsabilité est à l’origine de la déliquescence actuel au sahel. Sans une remise en cause et repli sur ses propres capacités a répondre a ses devoir, l’espace africain demeurera une scène de jeu des puissances du monde.

Simbo

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